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FRANçois Bazin

Editorialiste, Le Nouveau Magazine littéraire, Secrétaire général du Prix du Livre Politique


La liberté est un bloc

La peur monte. Elle est fille de la crise ou plutôt de ce sentiment que le progrès est un leurre. Or la peur n’est pas bonne conseillère. Elle fait passer le désir de sécurité avant celui de liberté. Entre ces deux exigences qui se valent, l’équilibre n’est jamais facile à trouver mais c’est le propre des temps de crise que d’imaginer qu’en rognant l’une plus que l’autre on fait preuve de sagesse. L’idée qui se cache derrière tout cela est qu’au fond, la liberté est un luxe et qu’en période de vache maigre, il faut savoir rester sobre. A ce jeu, ce n’est pas la liberté en tant que telle qui est menacée mais les libertés qui, les unes après les autres, sont progressivement ébarbées.

 Ô ce n’est jamais grand-chose, au moins sur le papier. Une petite concession ici, un retrait là. On ne supprime rien, on réécrit. Bref on s’adapte et dans ce registre-là, les gouvernants sont rarement en mal d’imagination. Leur argument principal est que pour être rassurée, l’opinion demande des signes qu’il faut savoir les lui donner si on ne veut pas devoir céder, un jour, sur l’essentiel. La liberté, ainsi, cesse d’être un principe pour n’être plus qu’une variable d’ajustement. On dit alors les libertés et ce n’est plus pour signaler leur richesse mais pour indiquer qu’entre elles, on peut faire le tri.

 Trier, disent les mêmes, ce n’est pas abolir. C’est s’adapter, faire la part du feu, sauver enfin ce qui peut l’être encore. Puis vient le moment où il faut bien reconnaitre qu’il est devenu sot de se battre pour si peu… Les libertés sont menacées quand la liberté n’est plus un bloc et qu’on peut, du même coup, les restreindre à bas bruit, non pas en punissant mais en surveillant davantage. On appelle ça de la prévention ou de la responsabilisation – comme on veut ! - parce qu’en effet le but n’est pas d’interdire mais de dissuader. On l’a encore vu récemment : manifester reste un droit mais d’usage limité, selon des critères essentiellement préventifs. Ecrire et publier demeure une liberté mais d’exercice encadré, selon des critères comparables. Quand on parle de « dérive autoritaire », c’est le mot dérive qui est souvent le plus juste.

 

 

François Bazin, Editorialiste, Le Nouveau Magazine littéraire, Secrétaire général du Prix du Livre Politique

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