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Vincent Giret

Directeur, franceinfo


Pour un journalisme de résilience

La France vient de vivre un choc extrême, de la même nature que celui qui frappa les Etats-Unis lors de la dernière campagne présidentielle et l’élection de Donald Trump. La crise soudaine des gilets jaunes fut à la fois le révélateur, l’accélérateur et l’amplificateur d’une crise majeure de l’information : un flot continu d’intox, de fake news, de manipulations, de théories complotistes doublé d’une défiance radicale à l’égard des médias et de violences verbales et physiques - inédites à ce degré - à l’égard des journalistes. Comme aux Etats-Unis il y a deux ans et demi, une digue a cédé et un monde social a vacillé. 

Cette crise s’est propagée via les réseaux sociaux avec une intensité et une efficacité diaboliques. Elle marque ainsi leur consécration tout à la fois comme instruments majeurs de mobilisation et comme vecteur de désinformation massive. Sans négliger qu’en leur sein, des « usines à trolls » étrangères s’en donnent à cœur joie, pour aviver les divisions dans nos sociétés démocratiques, soudain bien vulnérables.

Si les faits étaient une devise, ils ont subi une dévaluation brutale, comme s’en était déjà affligée la journaliste britannique Katharina Viner, au lendemain du référendum sur le Brexit. Une dévaluation brutale et durable. Aucune des démocraties occidentales n’est épargnée. « Lorsqu’un certain nombre d’individus en viennent à colporter des fictions comme s’il s’agissait de faits réels, la société est atteinte dans ses fondements », s’inquiète la philosophe Myriam Revault d’Allonnes, dans son dernier livre, « La faiblesse du vrai » (Seuil). C’est dans ce contexte que vont se dérouler l’une des échéances les plus importantes pour l’Europe depuis plusieurs décennies : l’élection des députés du parlement européen, à l’heure du populisme, d’un nationalisme délétère et des fake news industrielles. Une belle occasion de rappeler, avec le sociologue Bruno Latour, que « les faits ne restent robustes que lorsqu’il existe pour les soutenir une culture commune, des institutions auxquelles on puisse se fier, une vie publique à peu près décente, et des médias quelque peu fiables ». C’est un journalisme de résilience qu’il nous faut aujourd’hui inventer et défendre pied à pied.

 

 

Vincent Giret, Directeur, franceinfo

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