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DIdier Leschi

Préfet, Directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII)


Plaidoyer pour de nouvelles utopies 

Aucune analogie historique n’était évidente à mobiliser pour faire face aux circonstances du présent, celles qui nous donnent le sentiment que la démocratie est en équilibre instable.

Nous ne sommes pas dans les années trente, car les années trente ne sauraient être réduites à la montée des fascismes en Europe. Elles furent un temps de bataille où la victoire des uns a trouvé bénéfice dans la lâcheté des autres. Ainsi la République espagnole n’aurait pas été à ce point défaite pendant des décennies sans la lâcheté des uns. Et le Front populaire ne serait pas demeuré une référence pour longtemps sans le courage des ouvriers occupant les fabriques.  

Mais il est vrai qu’au bout du compte, la défaite l’a emporté. Balayée fut la Révolution espagnole et avec elle l’espoir salué par André Malraux. Terminé sans gloire le Front populaire des congés payés qui donnait une forme concrète à l’espérance de changer la vie. A cause d’une défaite, 1940, amplifiée par des parlementaires sans courage, le Front céda la place à la haine des Lumières incarnée, en lieu et place de celle de la Révolution française, par la devise des Croix de feu du colonel de La Rocque : « Travail, famille, patrie ». Vichy reste une ombre qui hante notre présent ; car on sait qu’avec cette ombre planant au-dessus de nos têtes, l’effondrement est possible. Ainsi, stagnent dans notre esprit tous les scénarios qui peuvent être projetés sur l’étrange scène du futur de notre vie collective : les meilleurs espérés, mais surtout les pires craintes en l’absence d’espérances laïques capables de nous mobiliser sans le sentiment qu’elles seront vaines.

Pour reprendre les mots de René Char, notre héritage démocratique n’est précédé d’aucun testament. Tout est à refaire pour redonner vigueur à l’héritage. Et d’abord penser de nouvelles formes de gouvernances démocratiques comme de nouvelles formes de vie. Relancer pour cela dans les débats publics de nouvelles utopies. Seules ces nouvelles utopies pourront raviver l’espoir de « meilleur » dans notre vie quotidienne. Seules elles pourront sûrement nous armer contre nos ennemis les plus décisifs, les fascistes religieux des temps modernes comme les antisémites armés de scories venant du fond des âges. En un mot, on ne peut espérer défendre nos libertés, infléchir les trajectoires mauvaises en cours par le seul conservatisme de la pensée. Il nous faut être capable de sortir des sentiers battus et de subvertir l’ordre du vieux monde pour mieux penser la politique. Plus les périls sont grands, plus défendre la démocratie et préserver nos libertés suppose des élans qu’à une autre époque on aurait qualifié de révolutionnaires.

 

Didier Leschi, Préfet, Directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII)

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