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Dominique Reynié

Professeur des Universités à Sciences Po, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique


Le déclin des libertés

Oui, nos libertés sont en danger ! Partager ce constat est la première tâche de qui veut résister. La liberté d’opinion est prise dans les filets de plus en plus étroits des plateformes numériques qui exercent un redoutable imperium par leur pouvoir de contrôle, de régulation et de censure, de fait et non de droit, sur l’ensemble de l’espace public. Que devient la liberté individuelle, la liberté de vivre sa vie, quand une société bascule en une matrice de traçage des activités de tous à chaque instant ? Où en est la liberté si la plupart des entreprises de presse luttent pour leur survie ? Qu’est-il arrivé à la liberté de caricaturer depuis le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo en 2015 ? Où en sommes-nous de la liberté académique ? Ne rétrécit-elle pas sous l’effet du retour d’une police de la pensée, au risque d’inhiber les universitaires ? Trop souvent, à nouveau, les objets d’études, les paradigmes, les auteurs utilisés deviennent autant de marqueurs idéologiques qui déclenchent un examen de conformité doctrinale. Que devient la liberté de penser si des questions ne peuvent pas être examinées sans susciter aussitôt une opposition véhémente, d’évidence d’origine politique, capable de dissuader ceux qui voudraient s’y intéresser ? Peut-on, par exemple, étudier l’antisémitisme musulman comme on étudiait jadis l’antisémitisme catholique ou bien faut-il considérer, que du point de vue de la science sociale française, il est recommandé soit de ne pas se pencher sur la question, soit d’en conclure qu’il n’existe pas d’antisémitisme musulman ? Où va le droit de manifester si ceux qui en font usage se livrent à des actes de destruction et de violence inadmissibles conduisant le législateur à le restreindre ?

Oui, nos libertés sont en danger et ne pas le voir précipitera leur déclin, dans un monde où pour la deuxième fois, en 2017 et en 2018, on enregistre un recul de la démocratie (Freedom House) et la montée en puissance de pays attribuant leur succès à un modèle autoritaire qu’ils estiment supérieur à nos régimes fondés sur la liberté et l’humanisme juridique.

 

 

Dominique Reynié, Professeur des Universités à Sciences Po, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique

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