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Richard Ferrand

Président de l’Assemblée nationale


Le livre nous libère

« Il n’est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage », disait Périclès. Depuis la démocratie athénienne, nous savons que vivre libre a un prix : l’exercice de la liberté ne se borne pas aux impulsions de la spontanéité, il suppose éducation, exigence, recherche de la vérité, engagement au service de la collectivité. Autant d’efforts nobles que le livre nous aide à accomplir.

Le livre nous libère parce qu’il nous éclaire. Qu’il nous convie au rêve ou à la raison, toujours il nous affranchit des contingences et des pesanteurs, dont la plus redoutable de toutes : le poids de nos préjugés. C’est pourquoi, chaque fois que, dans l’Histoire, un parti ou un régime a voulu restreindre la liberté, il s’en est pris à l’imprimerie et au livre.

Au XXIe siècle, en France, nous pouvions nous sentir à l’abri des anciennes formes de censure, mais voici que de nouvelles menaces viennent planer sur l’écrit : la judiciarisation des controverses pousse auteurs et éditeurs à l’autocensure, les ambitions des GAFA pourraient rendre la diffusion très sélective, tandis qu’une crise de confiance sans précédent désigne comme coupables les « sachants », délégitimant l’analyse argumentée au profit de l’anathème électronique…

À l’Assemblée nationale au contraire, les livres sont et seront toujours à l’honneur. La bibliothèque du Palais-Bourbon compte parmi les plus belles du monde et ses collections s’enrichissent chaque année. Pour écrire la loi, en effet, il faut d’abord lire et relire : les classiques de la science politique bien sûr, mais aussi les grandes œuvres littéraires qui nous donnent des repères, et encore les nouveautés qui nous parlent du monde tel qu’il se construit aujourd’hui. Comme l’observait Lamartine, « toutes les grandes lectures sont une date dans l’existence » : écrivain, historien, poète et député, il savait que rien de sérieux ne se bâtit sans les livres.

 

Richard Ferrand, Président de l’Assemblée nationale

 
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Cédric Lewandowski 

Président de Lire la Société 


Liberté, Liberté chérie !

L’Association Lire la société a comme vocation de tisser un lien permanent entre les économistes, les décideurs publics ou privés, les citoyens d’aujourd’hui et de demain. Elle a pour vocation de contribuer au débat démocratique en assurant la promotion de la littérature politique pour susciter des idées nouvelles et contribuer au progrès collectif. Luce Perrot, notre talentueuse Déléguée Générale, une fois encore, a su convaincre les grands responsables de l’Etat de la force du livre au service de la Cité.

« Nos libertés en danger ? », le thème central de la 28ème édition de la Journée du Livre Politique ô combien d’actualité est une interrogation qui oblige au débat et rappelle les grandes heures de notre histoire.

Liberté de manifester, liberté d’expression, liberté d’informer, liberté de circulation, liberté de travailler, … ! Des concepts, parfois des slogans, si souvent utilisés dans la presse et les réseaux sociaux au cours des dernières semaines pour décrire, justifier, critiquer, analyser le mouvement des gilets jaunes. Et chacun d’invoquer les grands textes fondateurs de la République, les principes fondamentaux de notre Nation !

Préserver ces acquis démocratiques est un combat permanent. Que de luttes en France depuis les encyclopédistes du XVIIIème siècle confrontés au pouvoir royal jusqu’aux menaces que fait peser sur nous la société hyper-technologique du XXIème siècle. Quel est « l’avenir de notre liberté », pour reprendre le titre d’un essai de Jean-Hervé Lorenzi et Mickael Berrebi, dans ce nouveau monde où les géants du numérique jouent désormais un tel rôle dans nos vies, où les assistants vocaux rivalisent d’intelligence mais écoutent nos conversations les plus intimes ? Comment concilier sécurité, promesse d’une vie meilleure, capacité à devenir un « homme augmenté » et préservation de la vie privée, d’un espace de liberté individuelle ? Autant de questions auxquelles cette Journée du Livre Politique apportera des premiers éléments de réponse.

Ne l’oublions jamais : c’est le citoyen qui fait la République. A nous de l’informer, de le cultiver pour qu’il soit pleinement engagé dans la préservation de la démocratie, un modèle politique qui, au fond, n’a d’autre objectif que celui du bien commun.

 

Cédric Lewandowski, Président de Lire la Société 

 
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Franck Riester

Ministre de la Culture


La culture pour réinventer nos libertés

Le ministère de la Culture fête en 2019 son soixantième anniversaire. Soixante ans au cours desquels son rôle de soutien et de catalyseur de la création sous toutes ses formes s’est renforcé. Soixante ans au cours desquels sa mission s’est aussi, progressivement, élargie, tandis qu’il défendait tour à tour la diversité culturelle, la liberté d’expression, la liberté de création. « La liberté existe pour et par ceux qui l’ont conquise », déclarait André Malraux devant l’Assemblée nationale constituante en 1945, et ses mots annonçaient déjà, presque quinze ans avant sa création, l’esprit qui habiterait le nouveau ministère, rue de Valois.

Le printemps européen qui s'annonce fait peser sur nos démocraties des responsabilités particulières, dans un contexte marqué notamment par une remise en cause de l'idée européenne et l'irruption dans le débat public de nouvelles méthodes de manipulation de l’opinion. La Culture ne saurait demeurer étrangère ou sourde à ces inquiétudes. Elle doit prendre toute la place qui lui revient dans les débats et réflexions de notre temps. C’est la vocation des artistes, créateurs et professionnels de la Culture.

La Culture est aussi un repère pour les citoyens européens, bien plus conscients qu’on ne le pense de ce formidable patrimoine qu’ils ont en partage. Ce bien inestimable qui nous rassemble nous permet de construire librement des alternatives concrètes tout autant que des espaces d’évasion. Aux fondements de notre désir d'Europe, avant toute organisation politique ou économique, se trouvent les mots visionnaires d'un Victor Hugo ou d'un Stefan Zweig. Seule la liberté de création des auteurs et artistes contemporains saura aujourd'hui lui donner un nouveau souffle.

Le ministère de la Culture entend par conséquent demeurer celui de l’innovation, de l'imagination et de la jeunesse. C'est le sens de l'expérimentation du Pass Culture, qui offre à chacun, à dix-huit ans, les moyens d’accéder à la plus grande variété de propositions culturelles possibles sur tout le territoire. Chaque participant y trouvera sa liberté : celle de construire, en toute autonomie, son propre parcours. Cet outil moderne vient ainsi utilement compléter et enrichir la politique d’éducation artistique et culturelle, accessible dès le plus jeune. Elle permet à chaque enfant de découvrir, révéler et embrasser son goût, ou son talent, pour les arts, hors de tout déterminisme.

A la question des libertés posée par cette 28ème Journée du Livre Politique, la Culture a donc de nombreuses réponses à apporter. Je suis très heureux d'y participer, cette année encore, et honoré de le faire pour la première fois en qualité de ministre de la Culture.

 

 

Franck Riester, Ministre de la Culture

Crédit Photo : © Patrice Soudin

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ETIENNE GERNELLE

Directeur du Point


Comment ne pas devenir l’idiot-utile

des inutiles-odieux


Nos libertés en danger ? N’exagère-t-on pas un peu ? « Nous sommes tous des farceurs : nous survivons à nos problèmes », écrivait Cioran. L’Etat de droit, en France en Europe, reste un socle solide, protégé par les constitutions, ainsi que la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme.

On peut donc se gondoler doucement lorsqu’on entend chez nous des tartufes hurler à la dictature naissante s’agissant d’Emmanuel Macron et des LBD utilisés par la police, tout en criant au coup d’Etat au Venezuela contre Nicolas Maduro, qui, lui, a violé la Constitution, truqué les élections, enfermé des opposants, et par ailleurs affamé son peuple alors que la corruption enrichissait les dignitaires de son ubuesque régime. 

Pourtant, on en voit régulièrement sur les plateaux télévisés, de ces clownesques analystes politiques, chavistes par procuration, confondant l’Orénoque et le canal Saint-Martin. « Il ne suffit pas d’être inutile, disait Francis Blanche, encore faut-il être odieux »

Mais est-ce si grave ? La liberté d’expression est aussi la faculté de raconter n’importe quoi. Après tout, nous avons eu en France un parti (communiste) qui a pu participer au gouvernement tout en défendant les « démocraties populaires » du bloc soviétique. Et ce sans que la France ne devienne pour autant l’une d’entre elles, avec parti unique et camps de travail… 

Il est vrai cependant que dans le débat d’aujourd’hui, l’attrait pour les régimes autoritaires est puissant. Il est certain que la Russie, usant d’une tactique numérique agressive (mais low cost, elle n’est pas riche), s’emploie à souffler sur ces braises là. Emmanuel Macron s’en plaint, Angela Merkel s’en agace. Est-ce suffisant pour menacer nos libertés ? 

La percée de ces populistes de droite ou de gauche (à un certain point on a du mal à faire la différence) serait-elle la même sans l’appui russe ? Difficile à dire. L’Europe peut-elle basculer ? Rien n’est certain, même si l’Italie, grand pays fondateur de l’Union, est tombée démocratiquement dans les bras d’une alliance dont les références sont assez angoissantes. Pour autant, le pays n’est devenu ni le Venezuela, ni la Biélorussie. Et le gouvernement Conte fait même attention à ne pas trop piétiner les règles budgétaires de l’euro. 

En attendant, il faut bien constater que la défense et illustration de notre mode de vie et de son fondement, la démocratie libérale, est bien mal assurée. Comme si la raison devait forcément être timide.

Le pire, bien sûr, serait de jouer le jeu des enragés ou des écervelés. En France, le projet de loi qui vise à prononcer des interdictions de manifester pour ceux qui se sont rendus coupables de violences est idiot et inutile. Cette mesure transformerait ses promoteurs, précisément, en idiot-utiles des groupes qu’elle entend contrer, en leur fournissant sur un plateau la posture de martyr dont ils rêvent.

De même, la tentation de mettre en place des autorités administratives – « indépendantes » ou pas – pour réguler les réseaux sociaux, terrain de jeu favori des mêmes populistes, est un piège plutôt évident: le procédé n’empêcherait rien de circuler - connaissent-ils le darknet ?- , et offrirait un joli label de résistance aux ventilateurs à bobards qu’il prétend combattre. Sans compter qu’au passage, tout cela s’imposerait, quoi qu’on en dise, aux journaux. Une fâcheuse nouveauté depuis 1881, lorsque la grande loi sur la liberté de la presse abolit tout contrôle autre que celui du juge, et a postériori.

Lors de la discussion de cette brillante loi, certains députés, inquiets de la force encore conséquente des monarchistes et bonapartistes, voulaient instituer un délit d’outrage à la République. Clemenceau s’y opposa, assurant que « la République vit de liberté » et sait très bien se défendre seule. Infinie sagesse de celui qui ne fût ni un naïf ni un mou... 

 

Etienne Gernelle, Directeur du Point


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Marc ladreit de lacharrière

Président Directeur Général de Fimalac, Membre de l’Institut


La politique à livre ouvert

Cette année encore, c’est avec un immense plaisir que j’accompagne la 28ème édition de la Journée du Livre Politique, toujours avec la volonté de favoriser la participation du plus grand nombre, et principalement des plus jeunes, au débat d’idées qui anime le paysage politique de notre pays. Partenaire de l’association Lire la Société depuis sa création, Fimalac s’est toujours engagée à agir en faveur d’une société plus harmonieuse et solidaire, notamment au travers de sa fondation d'entreprise, la Fondation Culture & Diversité. Ces engagements se déploient en favorisant l'accès des jeunes issus des milieux les moins favorisés aux pratiques artistiques et culturelles. Ils se poursuivent par des actions en faveur du rayonnement culturel de la France ainsi que dans le débat économique et social. En cette année d’élections européennes, dans un contexte français et international marqué par une crise des démocraties et l’affirmation de mouvements contestataires, ce rendez-vous est pour les plus jeunes une occasion exceptionnelle d’aiguiser leur sens critique et de renforcer leur maturité politique. Le thème de cette édition, « 2019 : nos libertés en danger ? » est non seulement percutant mais extraordinairement fertile : à l’heure des réseaux sociaux et de l’individualisme, il interroge ce pilier de la devise républicaine française, et le sens qu’on lui donne aujourd’hui, notamment les jeunes générations. Au sein même de l’Assemblée Nationale, emblème de la souveraineté nationale et de la démocratie, cette journée est un temps précieux pour découvrir et rencontrer les auteurs, écrivains, journalistes ou élus, hommes et femmes tous passionnés de la vie publique. L’engagement et la conscience politique des jeunes, déterminera le futur de notre pays. Il faut leur permettre de disposer de tous les outils qui leurs sont nécessaires afin d'élever leur conscience politique et citoyenne. Conscient que le débat politique est aujourd’hui crucial et soucieux qu’il le demeure, c’est donc avec une grande joie que j’ai souhaité répondre à l’amical appel de Luce Perrot et de l'association Lire la Société, pour que perdure ce rendez-vous remarquable au service des livres politiques et de la pédagogie, qui permet de nourrir le débat d’idées.

 

 

Marc Ladreit de Lacharrière, Président Directeur Général de Fimalac, Membre de l’Institut

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Dominique Reynié

Professeur des Universités à Sciences Po, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique


Le déclin des libertés

Oui, nos libertés sont en danger ! Partager ce constat est la première tâche de qui veut résister. La liberté d’opinion est prise dans les filets de plus en plus étroits des plateformes numériques qui exercent un redoutable imperium par leur pouvoir de contrôle, de régulation et de censure, de fait et non de droit, sur l’ensemble de l’espace public. Que devient la liberté individuelle, la liberté de vivre sa vie, quand une société bascule en une matrice de traçage des activités de tous à chaque instant ? Où en est la liberté si la plupart des entreprises de presse luttent pour leur survie ? Qu’est-il arrivé à la liberté de caricaturer depuis le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo en 2015 ? Où en sommes-nous de la liberté académique ? Ne rétrécit-elle pas sous l’effet du retour d’une police de la pensée, au risque d’inhiber les universitaires ? Trop souvent, à nouveau, les objets d’études, les paradigmes, les auteurs utilisés deviennent autant de marqueurs idéologiques qui déclenchent un examen de conformité doctrinale. Que devient la liberté de penser si des questions ne peuvent pas être examinées sans susciter aussitôt une opposition véhémente, d’évidence d’origine politique, capable de dissuader ceux qui voudraient s’y intéresser ? Peut-on, par exemple, étudier l’antisémitisme musulman comme on étudiait jadis l’antisémitisme catholique ou bien faut-il considérer, que du point de vue de la science sociale française, il est recommandé soit de ne pas se pencher sur la question, soit d’en conclure qu’il n’existe pas d’antisémitisme musulman ? Où va le droit de manifester si ceux qui en font usage se livrent à des actes de destruction et de violence inadmissibles conduisant le législateur à le restreindre ?

Oui, nos libertés sont en danger et ne pas le voir précipitera leur déclin, dans un monde où pour la deuxième fois, en 2017 et en 2018, on enregistre un recul de la démocratie (Freedom House) et la montée en puissance de pays attribuant leur succès à un modèle autoritaire qu’ils estiment supérieur à nos régimes fondés sur la liberté et l’humanisme juridique.

 

 

Dominique Reynié, Professeur des Universités à Sciences Po, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique

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FRANçois sureau

Avocat, écrivain, Président du jury du Prix du Livre Politique


Antigone, Créon et nous


Ces dernières semaines, le rideau parlementaire s’est ouvert à nouveau sur l’une des scènes favorites de notre théâtre national : celle où l’on s’écharpe sur le sort des libertés. Sur fond d’émeutes, d’un côté Antigone et de l’autre Créon. Mais Antigone n’est pas aussi pure, ni Créon aussi efficace qu’on peut le croire.

L’espace des libertés politiques se réduit lorsqu’on prétend borner la liberté, liberté de la presse, liberté d’expression, droit de manifester, quelles que soient les bonnes raisons que l’on donne. Car c’est dans cet espace que se forme la conscience du citoyen. Toutes les limitations apportées à ces droits, la main sur le cœur ministériel et pour les meilleurs motifs, aboutissent à renforcer la position subordonnée du citoyen, susceptible d’être intimidé dans l’exercice de ses prérogatives par l’Etat et ses agents. Et je n’ai pas ici de l’Etat une vision datée. Ce n’est pas seulement de préfets et de police, mais des juges, des procureurs, des autorités indépendantes. La disposition selon laquelle l’autorité judiciaire est la gardienne des libertés ne désigne rien d’autre qu’une règle de compétence. Au-delà, il faut vraiment vivre sur la lune pour croire que le métier des juges et des procureurs n’est pas de poursuivre et de condamner. Si bien que la seule question qui vaille est celle des garanties du citoyen. Prenez la loi « anticasseurs ». Ce qui la rend inacceptable, c’est qu’elle se fonde sur le soupçon individuel, l’interdit individuel, le fichage individuel. Qu’il soit le fait du préfet ou du procureur est indifférent. Si elle s’était bornée à faire établir des périmètres ou faire ouvrir les sacs, car il est bien évident que le droit de manifester n’est pas celui de ravager la ville, personne n’aurait pu sérieusement y objecter. Or c’est la première voie qui a été choisie, pas la seconde, par une majorité qui se qualifie elle-même de « progressiste ».

La fabrique des libertés se dégrade continument depuis 20 ans. Le juge n’est plus le gardien de grand-chose tant les lois sont devenues intrinsèquement liberticides. Le Parlement peut voter en quelques jours une loi qui permet de conserver en prison une personne qui a purgé sa peine, une autre qui autorise le procureur à prendre des mesures relatives à des délits qui n’ont pas encore eu lieu. Il faut attendre le Conseil constitutionnel pour voir rappeler quelques principes essentiels et d’abord celui-ci, qui est le fondement même de la Déclaration : que dans notre tradition un régime n’est légitime que parce qu’il permet de garantir la liberté. On peut le regretter, préférer les fadaises du bien commun ou les cruautés de l’ordre social, mais c’est ainsi. Chez nous, l’intérêt général se fonde sur la liberté, et le droit en est le centre. Bien sûr, nous pourrions abroger la Déclaration. Mais tant que nous ne l’avons pas fait, nous devrions essayer, à égale distance de Créon et d’Antigone, de revenir sur ce chemin où s’accomplit l’éducation de l’homme à la raison démocratique.

 

 

François Sureau, Avocat, écrivain, Président du jury du Prix du Livre Politique

Crédits photo : © Catherine Hélie - éditions Gallimard


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Frédérique Vidal

Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation


Protéger nos libertés: le devoir de la vérité scientifique

Depuis près d’une décennie, la généralisation des smartphones et des réseaux sociaux a ouvert la voie à de nouveaux modes de diffusion de l’information et des connaissances. Ces nouveaux médias, qui ont porté une grande promesse de liberté, se sont voulu les fers de lance d’une nouvelle conception de la démocratie, plus immédiate et plus directe.

Ce nouvel accès à l’information n’a pourtant pas toujours permis de garantir à la vérité des faits sa juste place dans le débat public : théories du complot, fake news, plus que jamais, notre relation commune à la vérité est devenue une question vitale pour notre démocratie. Lorsque l’engagement citoyen est prisonnier de l’opinion, du préjugé ou de l’a priori, c’est notre conception même de la liberté que nous devons protéger.

Pour relever ce défi contemporain, l’enseignement supérieur et la recherche sont des digues face à la prolifération des contre-vérités dans le débat démocratique. Nous le savons depuis l’instauration même de la République : l’effort d’apprendre, d’écouter et l’exercice du débat contradictoire, partout en France, sont au cœur de la formation de l’esprit critique des étudiants et donc des citoyens.

A cet égard, la lecture joue un rôle tout à fait crucial dans la formation des esprits à reconnaitre le vrai du faux, le réel de la fiction, les savoirs et les croyances. La lecture fait la force de notre enseignement supérieur, elle est le gage de l’émancipation de chacun et la garantie de la liberté. Elle nous rappelle que la République exige de nous un devoir permanent, celui de respecter la vérité dans toutes ses formes, y compris scientifiques.

Le prix du livre politique, en réunissant des étudiants venus de tous les horizons de notre pays, contribue à faire vivre, depuis plusieurs années, cette tradition universitaire et républicaine du débat politique autour des œuvres littéraires et de la bande dessinée. Le thème de cette année « Nos libertés en danger » rend compte des bouleversements récents que traverse notre société. Sa sélection témoigne des inquiétudes et des attentes de nos concitoyens mais aussi de leurs espoirs et ce faisant, de notre capacité collective à transmettre les valeurs qui permettent à chacun de vivre libre en accord avec les principes de la République.

L’exigence de ce prix nous rappelle ainsi que notre devoir de citoyen ne se joue pas que dans les urnes mais également dans notre effort commun, dès le temps des études supérieures, pour faire vivre un débat public éclairé et véritablement informé.  

Je salue l’organisation de cette 28e journée du prix étudiant du livre politique, soutenue depuis le premier jour par mon ministère en souhaitant qu’il y en ait encore beaucoup d’autres, et avec toujours autant d’ouvrages de qualité.

 

 

Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation

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Bertrand Delais

Président-directeur général de LCP-Assemblée nationale


Quand l’image et l’écrit se conjuguent pour éclairer la société

Dans notre imaginaire collectif, la politique et les lettres ont toujours su tisser des liens singuliers… Charles de Gaulle est édité dans la prestigieuse collection la Pléiade… et l’hémicycle de l’Assemblée résonne des mots de Chateaubriand, de Lamartine ou d’Alexandre Dumas.

Cette année, la journée du livre politique se pose une question d’une brûlante actualité, comment lire la société ?

Dans un monde devenu complexe où la rapidité de la circulation de l’information semble plus importante que l’information elle-même… L’écrit, parce qu’il exige un autre rythme, peut se réimposer comme un élément de respiration démocratique. Une parenthèse, du temps suspendu pour se donner les moyens d’une réflexion plus nourrie, moins en réponse à l’écume des instants.

LCP en tant que chaîne du Parlement, se veut être un endroit de réflexion, cherche à s’éloigner des chaînes d’info en continu pour permettre davantage de réflexion et entend être un outil pour revitaliser la démocratie représentative.

La confrontation d’idées est au cœur de cette Assemblée, mais cela doit aussi irriguer la société… Le moment présent montre combien il est aujourd’hui impérieux de retisser un lien collectif par-delà les divergences… L’écrit doit être l’instrument de ce débat et le Parlement le lieu de celui-ci… Dans ces conditions, LCP se doit d’accompagner cette belle initiative sur ses écrans en offrant une place privilégiée aux nombreux débats qui vont nourrir cette journée et en étant un lieu d’accueil pour tous les auteurs qui cherchent à penser et éclairer le monde qui vient.

 

 

Bertrand Delais, Président-directeur général de LCP-Assemblée nationale

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L’intégralité de la 28ème Journée du Livre Politique sera retransmise sur LCP-100%

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Hervé Le Bras

Démographe, Directeur d'études à l'EHESS


Liberté de circulation, la grande oubliée

La liberté se décline sous plusieurs formes : liberté d’expression, liberté de réunion, d’association, de manifestation, mais aussi liberté de circulation. Les atteintes à cette dernière ont beaucoup moins retenu l’attention que celles aux premières. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ne la mentionne pas. En son article 4, elle donne une définition générale de la liberté : tout ce qui ne nuit pas à autrui, et elle consacre son article 11 à la liberté d’expression : « parler, écrire, imprimer librement », mais rien d’autre.

La déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 est plus explicite. L’article 13 stipule : « 1./ Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État. 2./ Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. »

Le deuxième point est actuellement violé par la France lorsqu’elle empêche les migrants de rejoindre l’Angleterre à partir de Calais et surtout lorsqu’elle conclue des traités de « voisinage » avec les pays du sud de la Méditerranée pour qu’ils bloquent l’embarquement des migrants vers l’Europe.

Mais, c’est le premier point qui est aujourd’hui en pleine actualité. De quoi se sont plaints les gilets jaunes lorsqu’ils se sont soulevés le 17 novembre ? Du coût des carburants. Ils ont vécu l’ajout de la taxe écologique comme la mesure de trop après la limitation de vitesse à 80 km par heure et surtout le discrédit porté sur le diesel. Ces mesures rationnellement justifiées frappaient deux catégories de Français, ceux qui avaient choisi de s’installer à distance des grands centres, dans le péri-urbain, et ceux qui étaient demeurés dans des zones dépeuplées. L’Etat avait conclu un pacte implicite avec eux, leur garantissant la facilité de circulation en échange de l’éloignement des services et des emplois. Il revenait sur son engagement qui était la simple application de l’article 13 1/. La liberté de circulation des hommes est la première liberté, celle qui conditionne les autres, n’en déplaise aux défenseurs de la seule liberté de circulation des marchandises qui se disent libéraux.

Paradoxalement, en paralysant la circulation sur les ronds-points, en incendiant des véhicules lors de leur manifestation, en endommageant plus de la moitié des radars, les gilets jaunes ont eux aussi oublié ce qu’ils voulaient défendre, la liberté et la sûreté de la circulation.

 

 

Hervé Le Bras, Démographe, Directeur d'études à l'EHESS

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Florian Bachelier

Premier Questeur de l'Assemblée nationale

Député (LaREM) de la 8ème circonscription d'Ille-et-Vilaine


Achille pris aux cheveux par Minerve

Le thème, le lieu et le moment m’imposent de convoquer devant nous un européen, un Français, député, un écrivain : je nomme donc Victor Hugo. Offrons-nous la formidable et délicieuse occasion de lire et relire des mots plus grands que nous.

Des mots dont l’implacable justesse et la troublante modernité viennent percuter nos vérités et nos engagements du quotidien.

Des mots qui érigent la littérature, le livre au-dessus de tout.

Des mots qui invitent les hommes et les citoyens à l’exploration des profondeurs de l’âme.

C’est au fond cela qui fait que la littérature et le livre nous rendent plus épais, mieux denses, dans ce rapport si particulier, d’abord à soi et ensuite au monde.

Victor Hugo, dans son discours d’ouverture du Congrès littéraire international du 7 juin 1878, le disait, lui, avec génie : « La lumière ! La lumière toujours ! La lumière partout ! Le besoin de tout c’est la lumière. La lumière est dans le livre. Ouvrez le livre tout grand. Laissez-le rayonner, laissez-le faire. Qui que vous soyez qui voulez cultiver, vivifier, édifier, attendrir, apaiser, mettez des livres partout ; enseignez, montrez, démontrez ; multipliez les écoles ; les écoles sont les points lumineux de la civilisation ».

« Les intelligences sont des routes ouvertes ; elles ont des allants et venants, elles ont des visiteurs, bien ou mal intentionnés, elles peuvent avoir des passants funestes ; une mauvaise pensée est identique à un voleur de nuit, l’âme a des malfaiteurs ; faites le jour partout ; ne laissez pas dans l’intelligence humaine de ces coins ténébreux où peut se blottir la superstition, où peut se cacher l’erreur, où peut s’embusquer le mensonge. L’ignorance est un crépuscule ; le mal y rôde. Songez surtout à l’éclairage des esprits. »

 « La vérité est une et n’a pas de rayon divergent ; elle n’a qu’un synonyme, la justice. Il n’y a pas deux lumières, il n’y en a qu’une, la raison. Il n’y a pas deux façons d’être honnête, sensé et vrai. Le rayon qui est dans l’Iliade est identique à la clarté qui est dans le dictionnaire philosophique. Cet incorruptible rayon traverse les siècles avec la droiture de la flèche et la pureté de l’aurore. Ce rayon triomphera de la nuit, c’est à dire de l’antagonisme et de la haine. C’est là le grand prodige littéraire. Il n’y en pas de plus beau. La force déconcertée et stupéfaite devant le droit, l’arrestation de la guerre par l’esprit, c’est, ô Voltaire, la violence domptée par la sagesse ; c’est, ô Homère, Achille pris aux cheveux par Minerve ! »

En quelques mots, le génie hugolien résumait l’enjeu suprême. Le combat éternel du genre humain. Celui qui change aujourd’hui de format en se masquant derrière une prétendue modernité mais qui au fond reste le même. Guerre à la guerre, haine à la haine ! Democracy Dies in Darkness est la nouvelle devise du Washington Post.

L’influence numérique et la cyberguerre modifient au niveau mondial les armes et doivent nous pousser à une doctrine plus lucide mais la bataille pour la lumière doit se mener chaque jour et partout. Cette bataille d’exigence se remportera essentiellement par la culture, l’école, l’esprit critique, le temps long de l’analyse, des perspectives plus larges et plus hautes et donc plus que jamais par le livre.

 

 

Florian Bachelier, Premier Questeur de l'Assemblée nationale, Député (LaREM) de la 8ème circonscription d'Ille-et-Vilaine

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FRANçois Bazin

Editorialiste, Le Nouveau Magazine littéraire, Secrétaire général du Prix du Livre Politique


La liberté est un bloc

La peur monte. Elle est fille de la crise ou plutôt de ce sentiment que le progrès est un leurre. Or la peur n’est pas bonne conseillère. Elle fait passer le désir de sécurité avant celui de liberté. Entre ces deux exigences qui se valent, l’équilibre n’est jamais facile à trouver mais c’est le propre des temps de crise que d’imaginer qu’en rognant l’une plus que l’autre on fait preuve de sagesse. L’idée qui se cache derrière tout cela est qu’au fond, la liberté est un luxe et qu’en période de vache maigre, il faut savoir rester sobre. A ce jeu, ce n’est pas la liberté en tant que telle qui est menacée mais les libertés qui, les unes après les autres, sont progressivement ébarbées.

 Ô ce n’est jamais grand-chose, au moins sur le papier. Une petite concession ici, un retrait là. On ne supprime rien, on réécrit. Bref on s’adapte et dans ce registre-là, les gouvernants sont rarement en mal d’imagination. Leur argument principal est que pour être rassurée, l’opinion demande des signes qu’il faut savoir les lui donner si on ne veut pas devoir céder, un jour, sur l’essentiel. La liberté, ainsi, cesse d’être un principe pour n’être plus qu’une variable d’ajustement. On dit alors les libertés et ce n’est plus pour signaler leur richesse mais pour indiquer qu’entre elles, on peut faire le tri.

 Trier, disent les mêmes, ce n’est pas abolir. C’est s’adapter, faire la part du feu, sauver enfin ce qui peut l’être encore. Puis vient le moment où il faut bien reconnaitre qu’il est devenu sot de se battre pour si peu… Les libertés sont menacées quand la liberté n’est plus un bloc et qu’on peut, du même coup, les restreindre à bas bruit, non pas en punissant mais en surveillant davantage. On appelle ça de la prévention ou de la responsabilisation – comme on veut ! - parce qu’en effet le but n’est pas d’interdire mais de dissuader. On l’a encore vu récemment : manifester reste un droit mais d’usage limité, selon des critères essentiellement préventifs. Ecrire et publier demeure une liberté mais d’exercice encadré, selon des critères comparables. Quand on parle de « dérive autoritaire », c’est le mot dérive qui est souvent le plus juste.

 

 

François Bazin, Editorialiste, Le Nouveau Magazine littéraire, Secrétaire général du Prix du Livre Politique

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DIdier Leschi

Préfet, Directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII)


Plaidoyer pour de nouvelles utopies 

Aucune analogie historique n’était évidente à mobiliser pour faire face aux circonstances du présent, celles qui nous donnent le sentiment que la démocratie est en équilibre instable.

Nous ne sommes pas dans les années trente, car les années trente ne sauraient être réduites à la montée des fascismes en Europe. Elles furent un temps de bataille où la victoire des uns a trouvé bénéfice dans la lâcheté des autres. Ainsi la République espagnole n’aurait pas été à ce point défaite pendant des décennies sans la lâcheté des uns. Et le Front populaire ne serait pas demeuré une référence pour longtemps sans le courage des ouvriers occupant les fabriques.  

Mais il est vrai qu’au bout du compte, la défaite l’a emporté. Balayée fut la Révolution espagnole et avec elle l’espoir salué par André Malraux. Terminé sans gloire le Front populaire des congés payés qui donnait une forme concrète à l’espérance de changer la vie. A cause d’une défaite, 1940, amplifiée par des parlementaires sans courage, le Front céda la place à la haine des Lumières incarnée, en lieu et place de celle de la Révolution française, par la devise des Croix de feu du colonel de La Rocque : « Travail, famille, patrie ». Vichy reste une ombre qui hante notre présent ; car on sait qu’avec cette ombre planant au-dessus de nos têtes, l’effondrement est possible. Ainsi, stagnent dans notre esprit tous les scénarios qui peuvent être projetés sur l’étrange scène du futur de notre vie collective : les meilleurs espérés, mais surtout les pires craintes en l’absence d’espérances laïques capables de nous mobiliser sans le sentiment qu’elles seront vaines.

Pour reprendre les mots de René Char, notre héritage démocratique n’est précédé d’aucun testament. Tout est à refaire pour redonner vigueur à l’héritage. Et d’abord penser de nouvelles formes de gouvernances démocratiques comme de nouvelles formes de vie. Relancer pour cela dans les débats publics de nouvelles utopies. Seules ces nouvelles utopies pourront raviver l’espoir de « meilleur » dans notre vie quotidienne. Seules elles pourront sûrement nous armer contre nos ennemis les plus décisifs, les fascistes religieux des temps modernes comme les antisémites armés de scories venant du fond des âges. En un mot, on ne peut espérer défendre nos libertés, infléchir les trajectoires mauvaises en cours par le seul conservatisme de la pensée. Il nous faut être capable de sortir des sentiers battus et de subvertir l’ordre du vieux monde pour mieux penser la politique. Plus les périls sont grands, plus défendre la démocratie et préserver nos libertés suppose des élans qu’à une autre époque on aurait qualifié de révolutionnaires.

 

Didier Leschi, Préfet, Directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII)

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Sandrine Treiner

Directrice de France Culture


2019 : nos libertés en danger?


Alors que les samedis se succèdent aux couleurs des gilets jaunes et, dans les villes, aux sons des sirènes de police, que les modes de participation sont bouleversés et ceux de la représentation questionnés, un nouvel âge de la politique semble se dessiner. Interpellation du pouvoir et débats citoyens, à l’heure des réseaux sociaux, des fake news et des algorithmes, le numérique facilite les échanges autant qu’il les brouille. La question des libertés, centrale dans la vie démocratique, est au cœur de toutes les mobilisations.

Média de la vie des idées, des savoirs et de la création, France Culture poursuit sa mission de diffusion de la connaissance, de promotion du pluralisme des idées et d’explicitation des enjeux contemporains à travers l’ensemble de ses programmes radios ou numériques. Au fait des nouveaux usages et portée par la volonté de toucher le plus grand nombre, France Culture a développé des propositions éditoriales innovantes. A l’instar des Idées claires, programme court viral qui démêle le vrai du faux et lutte contre la désinformation, produit en partenariat avec France Info. Chaque semaine, dans une vidéo et en podcast, un.e expert.e et Nicolas Martin, producteur de La Méthode scientifique sur France Culture, remettent de l’ordre autour d’une idée reçue : Les policiers sont-ils au-dessus des lois ? La justice est-elle moins sévère pour les puissants ? ou encore Les aides sociales coûtent-elles un "pognon de dingue » ?

Tout au long de l’année, France Culture favorise, notamment à travers ses Prix, la participation et le choix des étudiants, contribuant ainsi à leur accès aux œuvres et aux auteurs. Ainsi, le Prix France Culture du livre et de la bande dessinée politique a été créé en 2015 par Lire la politique à qui s’est associé le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et France Culture.

Pour cette 4ème édition, le jury constitué de 11 étudiants sélectionnés à travers toute la France et issus d’Universités, Grandes Ecoles et Ecoles de journalisme…, liront une sélection de sept essais et de cinq bandes dessinées. Sous la houlette du président de jury, Pierre Henriet, député de la 5ᵉ circonscription de la Vendée, de Lloyd Cerqueira, Conseiller de la ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, de Luce Perrot, Présidente de Lire la Politique et de Stéphane Robert, Responsable du service politique de France Culture, ils analyseront et choisiront les ouvrages qui scrutent et racontent la fin d’une ère politique et l’émergence d’une nouvelle, les échecs et les attentes de ce premier quart de siècle, dans une démocratie secouée.

Les étudiants jurés seront les invités des Matins, du Grain à moudre et des journaux d’information à l’antenne de France Culture, et décerneront leurs prix aux lauréats, à l’Assemblée nationale, en présence de la Ministre Frédérique Vidal.

 

 

Sandrine Treiner, Directrice de France Culture

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Gilles Finchelstein

Directeur général de la Fondation Jean-Jaurès


La technique de grignotage


Il y a cinquante ans, un prestigieux Conseiller d’Etat, Roger Errera, publiait un essai remarqué : Les libertés à l’abandon. En en rendant compte dans Le Monde, Pierre Vidal-Naquet louait la description « par le menu, de la technique de grignotage par laquelle les libertés publiques ont été peu à peu, malgré certaines réactions, amenuisées ou même parfois ridiculisées ».

De la réalité du danger. La première question consiste à savoir si, aujourd’hui, les libertés sont effectivement sur le recul. Lorsque l’on porte son regard vers le vaste monde, l’Union européenne continue de faire bonne figure. C’est en Europe, malgré tout, que la combinaison entre libertés politiques, libertés individuelles et libertés collectives reste la plus harmonieuse. Mais, lorsque l’on concentre son analyse sur le dernier quart de siècle, le constat est plus sombre. C’est vrai des faits entre victoire, ici, du populisme ; remise en cause, là, de l’indépendance de la justice ou des médias ; recul, ailleurs, de la possibilité d’exercice de libertés individuelles. Mais c’est vrai peut-être plus largement encore du climat : nous semblons entrer dans ce que Guy Hermet appelait « l’hiver de la démocratie » où ce qui semblait solidement acquis devient tout à coup incertain et fragile.

De la connaissance des adversaires. La deuxième question consiste à nommer ceux qui menacent précisément ces libertés en Europe. Il y a les populistes de tout poil, évidemment – a fortiori lorsqu’ils arrivent à diriger un gouvernement et, davantage encore, si d’aventure ils parviennent à entamer un second mandat. Mais il n’y a pas qu’eux ! Il y a les terroristes, dont la cible est nos libertés, les dogmatiques, dont les croyances ne peuvent être discutées, les technoïdes, aveuglés par la passion numérique, voire les libertariens, dont l’amour des libertés conduit à récuser toute limite ou tout contrôle sur leur exercice – la liste n’est pas exhaustive. Et puis il y a chacun de nous qui pouvons, au nom d’un prétendu bon sens, d’une soi-disant efficacité, de supposées bonnes intentions, baisser la garde.

De la nécessité du combat. D’où la troisième (éternelle) question : que faire ? Nous avons plus que jamais besoin d’engagés – c’est-à-dire de citoyens qui, dans les écoles, les associations, les think tanks, les réseaux sociaux, font la pédagogie des exigences de la démocratie et des libertés. Et nous avons besoin aussi d’enragés – c’est-à-dire de citoyens vigilants qui ne laissent rien passer car ils savent que ce qui menace les libertés, c’est avant tout « la technique de grignotage » dont parlait Pierre Vidal-Naquet.

 

 

Gilles Finchelstein, Directeur général de la Fondation Jean-Jaurès



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Marie-Christine Dalloz

Députée (LR) de la 2ème circonscription du Jura


La démocratie, le berceau de nos libertés

Les crises sociétales et politiques ont naturellement traversé les époques et ont ainsi façonné la société démocratique que nous connaissons, qui se caractérise par le fait que les citoyens vivent libres et égaux en droits. Le socle de valeurs qui nous réunit en tant que nation une et indivisible est inscrit dans la Constitution, laquelle fait de nous des citoyens libres de jouir de droits politiques inhérents à la personne humaine. C’est notre loi fondamentale, gardienne de l’héritage de ceux qui, avant nous, se sont engagés pour la construction d’une société où l’équilibre entre protection des libertés individuelles et nécessaire respect des devoirs civiques est la base de la démocratie. La démocratie en tant que telle est un régime politique incarné par des représentants désignés par le peuple, dont ils tirent leur légitimité politique et dont la mission est de préserver ce lien social. Mais dès lors que des inégalités apparaissent, le sentiment d’injustice qui en découle vient briser l’unité et la fraternité dont nous nous réclamons. Si le principe de liberté se résume communément au fait de pouvoir s’exprimer ou d’aller et venir comme bon nous semble, vivre dignement est un besoin élémentaire et il cristallise aujourd’hui toutes les tensions et inquiétudes.

Les bouleversements actuels sont une marque de défiance vis-à-vis des institutions de la République et de ceux qui les animent, dans leur capacité à maintenir une société juste et équitable. La France n’est pas le seul Etat moderne à être ébranlé par cette crise de la représentation puisque des situations d’instabilité ont pu être observées un peu partout en Europe et dans le monde : le Brexit, la montée des mouvements indépendantistes, l’entrée des partis nationalistes au sein des Parlements européens, sont autant de symptômes d’une rupture profonde entre les peuples et leurs gouvernants. Cette époque doit donc nous amener à nous remettre en question, car l’histoire des nations nous a appris que les périodes de troubles étaient bien souvent accompagnées d’un affaiblissement des droits. La démocratie est le berceau de nos libertés, notre devoir est de la protéger. C’est l’enjeu qui devra nous rassembler en 2019.

 

 

Marie-Christine Dalloz, Députée (LR) de la 2ème circonscription du Jura

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Vincent Giret

Directeur, franceinfo


Pour un journalisme de résilience

La France vient de vivre un choc extrême, de la même nature que celui qui frappa les Etats-Unis lors de la dernière campagne présidentielle et l’élection de Donald Trump. La crise soudaine des gilets jaunes fut à la fois le révélateur, l’accélérateur et l’amplificateur d’une crise majeure de l’information : un flot continu d’intox, de fake news, de manipulations, de théories complotistes doublé d’une défiance radicale à l’égard des médias et de violences verbales et physiques - inédites à ce degré - à l’égard des journalistes. Comme aux Etats-Unis il y a deux ans et demi, une digue a cédé et un monde social a vacillé. 

Cette crise s’est propagée via les réseaux sociaux avec une intensité et une efficacité diaboliques. Elle marque ainsi leur consécration tout à la fois comme instruments majeurs de mobilisation et comme vecteur de désinformation massive. Sans négliger qu’en leur sein, des « usines à trolls » étrangères s’en donnent à cœur joie, pour aviver les divisions dans nos sociétés démocratiques, soudain bien vulnérables.

Si les faits étaient une devise, ils ont subi une dévaluation brutale, comme s’en était déjà affligée la journaliste britannique Katharina Viner, au lendemain du référendum sur le Brexit. Une dévaluation brutale et durable. Aucune des démocraties occidentales n’est épargnée. « Lorsqu’un certain nombre d’individus en viennent à colporter des fictions comme s’il s’agissait de faits réels, la société est atteinte dans ses fondements », s’inquiète la philosophe Myriam Revault d’Allonnes, dans son dernier livre, « La faiblesse du vrai » (Seuil). C’est dans ce contexte que vont se dérouler l’une des échéances les plus importantes pour l’Europe depuis plusieurs décennies : l’élection des députés du parlement européen, à l’heure du populisme, d’un nationalisme délétère et des fake news industrielles. Une belle occasion de rappeler, avec le sociologue Bruno Latour, que « les faits ne restent robustes que lorsqu’il existe pour les soutenir une culture commune, des institutions auxquelles on puisse se fier, une vie publique à peu près décente, et des médias quelque peu fiables ». C’est un journalisme de résilience qu’il nous faut aujourd’hui inventer et défendre pied à pied.

 

 

Vincent Giret, Directeur, franceinfo

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Cécile Untermaier

Députée (SOC) de la 4ème circonscription de Saône-et-Loire


Rester maîtres de nos libertés face à la révolution technologique

Nos libertés sont-elles en danger ? La question se pose à tout instant et cesser de se la poser, c’est prendre le risque de voir s’atténuer le champ des droits fondamentaux qui brillent le long du chemin.

Certains patrons de grandes sociétés technologiques - Google, Apple, Facebook, Amazon (les GAFAM)… - tiennent des propos rassurants sur les libertés dont ils se présentent comme les premiers défenseurs. Qu'il s'agisse d'entreprises spécialisées dans le numérique, le génie génétique, l'énergie ou le transport spatial, les nouveaux prophètes dessinent pour nous le monde de demain. Ils promeuvent un éden technologique, dans lequel il serait possible de créer des villes autonomes sur Mars, repousser les limites de la mort et faire de l'homme un surhomme aux capacités augmentées.

Mais la technologie la plus avancée, à l’image de la puissance algorithmique, n’est pas synonyme de libertés. Il nous appartient de contenir cette révolution au sein du périmètre de nos exigences.

Dans un environnement politique fragmenté, marqué en Europe et dans le monde par la montée des extrémismes et de la démagogie sur fond de fausses informations, la défense des libertés nous oblige à redoubler de pédagogie et à tenir un discours de vérité, loin des idées faciles et simplificatrices que tant de gens ont envie d’entendre.

 

Cécile Untermaier, Députée (SOC) de la 4ème circonscription de Saône-et-Loire

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Bertrand Munch

Directeur de l’information légale et administrative


Citoyenneté, représentation et démocratie

Dans le contexte actuel, les garde-fous républicains sont garants des libertés : celle de penser, de s’exprimer, de vivre tel que chacun le conçoit et le choisit.

C’est là que le service public joue son rôle et remplit sa mission d’intérêt général : en permettant l’accès à la loi et au droit avec Légifrance ;  en en donnant une traduction en matière de droits et de devoirs dans la vie des Français, grâce aux informations et services délivrés par le site officiel de l’administration française Service-public.fr ; ou encore grâce aux ressources - numérique ou papier - proposées par La Documentation française : dossiers, publications spécialisées, cartes, infographies ou vidéos pédagogiques…

Des contenus fiables et sûrs existent et sont accessibles à chacun.

Porter à la connaissance du plus grand nombre, ce que sont les politiques publiques, les débats qui animent la société, les projets de lois en cours, les rapports publics, enquêtes ou études publiées … est essentiel dans un monde mouvant où la place de l’État et les actions menées doivent être comprises et identifiées.

Les élections européennes en mai prochain en seront une illustration, un point d’étape clé. Déjà, la mise en place du répertoire électoral unique et la possibilité de s’inscrire en ligne sur service-public.fr pour tous les citoyens jusqu’au 31 mars 2019 marque une simplification utile.

La direction de l’information légale et administrative est ainsi fière de contribuer au succès de cette 28ème journée du Livre politique à l’Assemblée nationale et d’offrir l’opportunité aux visiteurs de découvrir au travers des éditions de La Documentation française notamment, une sélection de textes choisis sur le thème des libertés.

 

 

Bertrand Munch, Directeur de l’information légale et administrative

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Stéphane Volant

Secrétaire Général de la SNCF


Liberté, j’écris ton nom


Paul Eluard, poète engagé dans les vicissitudes de son époque, nous exhorte dans son magnifique poème : il faut investir tous les espaces où l’expression est possible…

Depuis 27 ans, en ce lieu symbole de la démocratie, la journée du livre politique est un moment privilégié pour le débat d’idées, pour partager et faire triompher une politique de la condition humaine : affirmer la liberté, créer du progrès, défendre la dignité de chacun, préserver la planète.

Aujourd’hui de plus en plus de groupes de réflexions, d’associations, d’écrivains s’expriment. Les demandes et les comportements bousculent les structures, les instruments et les représentations politiques. D’autre part l’engagement citoyen prend d’autres formes : adhésion sur le net à une cause, ou  don de temps ou d’argent à une cause.

Or, L’enrichissement permanent du débat citoyen est crucial, il doit demeurer. Le foisonnement, l’émulation, qui jaillissent lors de la confrontation des idées sont fondamentaux pour appréhender et bâtir l’avenir, alors qu’aujourd’hui l’Europe est contestée (monnaie unique, crise migratoire, démocratie et terrorisme), en cette année d’élections.

 Le livre politique c’est l’accès à la connaissance, le questionnement et le doute légitime. Il fut des livres politiques qui influencèrent le monde (le contrat social, le Capital), il fut des livres que l’on tenta de détruire, ce constat plaide la cause de l’écrit. Et dans une société où les clivages, les stigmatisations, les oppositions peuvent aller jusqu’à la violence, rassembler dans une unité de lieu, de temps et d’action des penseurs, des auteurs, des chercheurs, des professeurs, des journalistes, contribue à restaurer un socle commun pour garantir des équilibres entre idées et lois.

C’est pourquoi le groupe SNCF a fait le choix de s’associer à cette initiative de défense des libertés. Intégrateur de mobilités, il accompagne les acteurs locaux pour ancrer l’offre de mobilité dans la vie des territoires et développer l’attractivité des régions, SNCF apporte à chacun la possibilité de pouvoir se déplacer facilement en préservant la planète. SNCF est créatrice de liens et de solutions pour que cette liberté de déplacement soit une réalité.

Je vous souhaite donc une journée dense et riche, à la découverte de ces auteurs et de ces écrivains, acteurs indispensables qui nous gardent de l’altération de la République : celle des lettres et  celle des libertés.

 

Bon voyage !

 

 

Stéphane Volant, Secrétaire Général de la SNCF

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Michel Derdevet

Secrétaire Général et Membre du Directoire d’ENEDIS


Garantir nos libertés, par davantage de solidarité !

Enedis, entreprise gestionnaire du réseau public de distribution d’électricité sur 95 % du territoire français, garantit quotidiennement le raccordement, le dépannage et l’acheminement de l’électricité, dans un souci de performance industrielle.

Enedis est surtout une entreprise de service public, ancrée dans les territoires à travers 800 sites regroupant 36 000 salariés. A ce titre, elle assure la « liberté énergétique » de nos concitoyens de pouvoir être raccordé en tout point du territoire français, consommateurs comme producteurs d’électricité renouvelable.

Enedis garantit le libre choix par les clients de leurs fournisseurs et se veut un facilitateur neutre au service des clients, mais aussi des industriels, des acteurs de marché et des collectivités. Enfin, le distributeur assure la liberté pour tous les citoyens de disposer d’un accès protégé à leurs données de consommation, notamment pour les seize millions de foyers désormais équipés de compteurs Linky.

Alors, en « 2019, nos libertés menacées ? » Cela ne sera pas le cas dans le secteur électrique grâce à un modèle français de la distribution d’électricité, auquel les Français sont très majoritairement attachés.

Mais cet attachement s’explique aussi parce que, à côté de ces libertés, la distribution française se fonde dès l’origine sur des principes forts de solidarité. La péréquation du tarif d’acheminement, qui garantit la solidarité entre les territoires urbains et les territoires ruraux, en est le principal exemple. La capacité de mobiliser des équipes depuis toute la France pour relever le réseau d’un territoire tombé lors d’une tempête en est un autre. Enfin, n’omettons pas non plus qu’à l’ère du numérique, le fait de disposer d’un acteur national permet aux plus petites collectivités de bénéficier de la révolution des données, pour mener à bien leurs projets énergétiques.

« La liberté, c’est l’indifférence » disait de façon provocante l’écrivain Louis Scutenaire. La distribution d’électricité prouve tout le contraire : ce n’est que par la solidarité que l’on raffermit nos libertés.

 

 

Michel Derdevet, Secrétaire Général et Membre du Directoire d’ENEDIS

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