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Jean-Louis Debré

Président du Jury du Prix du Livre d’Histoire Contemporaine, Président du Conseil supérieur des archives, ancien Président du Conseil Constitutionnel, ancien Président de l’Assemblée nationale


Vive l’Histoire !

En ces temps où l’instantané, l’immédiateté, le réflexe, trop souvent priment sur la réflexion, la connaissance de l’histoire nationale ou internationale, plus que jamais est nécessaire. Elle permet de comprendre notre société ou le monde, d’identifier les enjeux politiques, stratégiques, les rivalités internationales.

A une époque où certains cherchent à donner un sens à leur vie, à leur action, sont en quête d' un engagement personnel, l’histoire est utile.  Le récit de ces hommes et femmes  qui ont façonné où réveillé la France et le monde, est une source d’inspiration fortifiante.

Pour celles et ceux qui désespèrent de ne pouvoir espérer, qui sombrent dans le pessimisme, se réfugient  dans le doute, l’indifférence, l'histoire  est un antidote au renoncement, à l’individualisme. Il se peut que l’une des fonctions de l’histoire soit de donner  conscience aux hommes et aux femmes de la grandeur qu’ils ignorent en eux.

Vive l’Histoire, vive le Prix du Livre d’Histoire Contemporaine.

 

 

Jean-Louis Debré, Président du Jury du Prix du Livre d’Histoire Contemporaine, Président du Conseil supérieur des archives,

ancien Président du Conseil Constitutionnel, ancien Président de l’Assemblée nationale

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Philippe Bélaval

Président du Centre des monuments nationaux


Venant après la grande commémoration de la Première Guerre Mondiale, le dramatique incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris et le grand élan d’émotion qu’il a provoqué a ramené une nouvelle fois dans le débat public la question du rapport des Français à l’Histoire.

Ce rapport est assurément une réalité complexe et il est heureux que le prix du livre d’histoire contemporaine l’ait retenu comme thème de son édition 2019.

De plus en plus fréquenté ces dernières années, le Panthéon est un témoin de ce rapport des Français à l’Histoire, même si les étrangers sont aussi nombreux à le visiter.

Le Centre des monuments nationaux est donc particulièrement heureux d’ouvrir une nouvelle fois les portes de ce monument au prix du livre d’histoire contemporaine : la tradition qui s’établit ainsi offre un cadre propice à une réflexion dont l’actualité est, pour une fois, synonyme d’utilité.

 

 

Philippe Bélaval, Président du Centre des monuments nationaux

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Luce Perrot

Membre du Comité de relecture du Prix du Livre d’Histoire Contemporaine, Fondatrice de Lire la Politique, Déléguée générale de Vivre Lire


Notre société porte, comme toujours, un regard plus serein sur le passé que sur l’avenir.

Le Prix du Livre d’Histoire Contemporaine est l’occasion de rappeler que l’Histoire constitue à la fois un devoir de mémoire envers nos ancêtres, et un héritage à léguer aux futures générations pour mieux appréhender les siècles à venir.

C’est également un temps de réflexion et d’enseignement, car l’Homme ne cesse jamais d’apprendre et de se redéfinir. Profitons alors du thème choisi cette année, « le rapport des Français à l’Histoire », pour s’interroger sur notre relation au patrimoine français. L’Histoire est à la fois un roman national qui nous lie tous, et l’instance créatrice de l’intimité personnelle du souvenir. Les deux se mêlent dans ce lieu historique, le Panthéon, où nous avons l’honneur d’organiser notre Prix, comme chaque année depuis quatre ans.

Le souvenir, au-delà de l’Histoire, est la marque de notre identité personnelle : le Panthéon, par les grands esprits qu’il protège, est le temple de notre identité nationale.

Jules Michelet disait, dans un discours de 1825 adressé à la jeunesse, que l’enseignement de l’Histoire était l’objet d’un enrichissement, et pas seulement d’un recueillement pour l’Homme : « un instant lui est donné pour signaler son existence, et bientôt une génération nouvelle va lui demander compte de la vie ». C’est à nous de rendre compte de ce qui fait l’Histoire : des « vérités qui font la dignité de l’homme ».

Prenons le temps de rassembler par la volonté de rendre hommage au passé, prenons le temps de transmettre le goût de l’Histoire : la culture doit faire vivre les idées. Lire la Politique partage, avec le festival Quartier du Livre, l’envie de rendre le patrimoine culturel français accessible à tous, pour apprendre, enseigner et aimer l’Histoire.

C’est ce à quoi nous nous consacrons avec le Prix du Livre d’Histoire Contemporaine.


 

 

Luce Perrot, Membre du Comité de relecture du Prix du Livre d’Histoire Contemporaine, Fondatrice de Lire la Politique, Déléguée générale de Vivre Lire

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Florence berthout

Membre du Jury du Prix du Livre d’Histoire Contemporaine, Maire du 5ème arrondissement, Conseillère régionale d’Île-de-France, Présidente du Fonds régional d’art contemporain


“Toute histoire est contemporaine”

Pour la troisième année consécutive, nous décernons un Prix du Livre d’Histoire contemporaine au Panthéon dans le cadre du festival Quartier du Livre, qui est devenu le rendez-vous incontournable des amoureux de l’écrit. Pendant une semaine, du 15 au 22 mai, près de 300 événements littéraires sont organisés à l’échelle de tout un arrondissement.

Dans le 5e, riche de ses prestigieux établissements d’enseignement supérieur et universités, habités par le souvenir de Michelet, Braudel ou encore Jacqueline de Romilly, l’écriture de l’Histoire occupe une place à part.

Avec le Président du jury Jean-Louis Debré, la Présidente de Lire la Société Luce Perrot, ainsi que les éminents membres du jury, nous souhaitons distinguer un ouvrage à la fois accessible et exigeant afin d’entretenir la passion vivace des Français pour l’Histoire.

Parce que « toute histoire est contemporaine », selon la belle formule de Benedetto Croce, ce prix a aussi et surtout vocation à récompenser un ouvrage qui éclaire notre présent à la lumière du passé.

 

Florence Berthout, Membre du Jury du Prix du Livre d’Histoire Contemporaine, Maire du 5ème arrondissement, Conseillère régionale d’Île-de-France, Présidente du Fonds régional d’art contemporain

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Annette Wieviorka

Membre du Jury du prix du Livre d’Histoire Contemporaine, Directrice de recherche émérite au CNRS, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne


Pour l’Histoire

Les Français aiment l'Histoire, passionnément pour beaucoup d'entre eux, même si ce terme déjà vieux de deux millénaires ne revêt pas pour chacun un sens identique. Il est toutefois possible de s'accorder sur le fait que l'histoire s'intéresse à des faits passés, ou plutôt à la connaissance de l'homme, des hommes dans le passé. Or les vecteurs de cette connaissance se sont diversifiés et multipliés. Aux livres écrits pas les professionnels, les historiennes et historiens, se sont ajoutés les documentaires, les bandes dessinées et autres romans graphiques, les jeux videos, les séries, les reconstitutions historiques qui permettent de rejouer l'histoire. Il s'agit souvent de se distraire, mais pas seulement. Car l'Histoire est souvent créditée d'offrir des clés pour la compréhension du présent.

Pourtant, nous vivons une époque paradoxale. La recherche de clés pour comprendre un  présent difficile à appréhender est le sujet d'études ou d'essais. Les nationalismes qui mettent en péril la construction européenne sont-ils identiques à ceux qui ont été cause de la Grande Guerre? L'antisémitisme que l'on voit renaître après qu'il a connu un étiage présente-il des similitudes avec celui des années trente? La France de 2019 rappelle-t-elle celle de L'année 1938, quand les accords de Munich ont révélé la faiblesse des démocraties ? A cette recherche des causalités, des filiations, des analogies s'oppose le "présentisme" (François Hartog) dans lequel nous baignons, et qui est la négation de l'histoire. Notre époque valorise la parole subjective et l’opinion.  Olivier Rolin l'explique bien dans son roman  Tigre en papier   « Le monde que vous aviez sous les yeux, dans lequel vous viviez, était comme transfiguré par une puissance qui reliait chaque événement, chaque individu, à toute une chaîne ancienne d’événements  et d’individus plus tragiques "Or " Aujourd’hui il semble qu’il n’y ait plus que du présent, de l’instantané même, le présent est devenu un colossal fourmillement, une innervation prodigieuse, un big bang permanent ».  

Ainsi, aujourd'hui, faire de l'histoire, lire de l'histoire  c'est aussi résister à ce big bang permanent et affirmer l'importance que revêt l'intelligence des faits du passé.

Annette Wieviorka, Membre du Jury du prix du Livre d’Histoire Contemporaine, Directrice de recherche émérite au CNRS, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne

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Renaud Dély

Membre du Jury du Prix du Livre d’Histoire Contemporaine, Journaliste Arte


Le goût de l’avenir

L’Histoire, une passion française ? Sans aucun doute.

Les éditeurs publient sans relâche, les librairies ne désemplissent pas, les revues se bousculent, et à la radio comme à la télévision, les émissions qui y sont consacrées collectionnent les records d’audience. Cet engouement vient de loin. De Jacques Bainville à Jules Michelet, d’Albert Mathiez à François Furet, les joutes intellectuelles entre les écoles historiques qui sondent le tréfonds de notre passé n’ont eu de cesse nous éclairer sur nos racines et notre identité si complexe. Sans doute nul mieux que Marc Bloch n’a su résumer cette imprégnation collective lorsqu’il évoqua ces « deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération ». D’une formule, l’auteur de L’Etrange défaite renouait ainsi le fil d’une Histoire tumultueuse pour lui redonner sa dimension et sa cohérence. Reste à savoir ce que cette inclination dit de nous et de notre pays en ce début de XXI ème siècle. Car il est, au moins, deux façons de s’y plonger. La première consiste à y rechercher des explications, des enseignements, bref du sens pour mieux comprendre le présent. C’est celle qui conduit le journaliste à tenter de se muer, selon la formule d’Albert Camus en « historien de l’instant ».

L’autre ressort de cette passion ne vise qu’à ressasser la poussiéreuse complainte des déclinistes, cette sombre ritournelle selon laquelle c’était (forcément) mieux avant, et ce sera (inévitablement) pire après. Hélas, ce penchant fait aujourd’hui la fortune d’une poignée de polémistes déguisés en pseudo- historiens pour faire commerce de leurs obsessions. Or, la passion de l’Histoire n’est féconde que si elle cherche à tout démêler, et tout assumer, d’un passé souvent obscur pour mieux saisir un présent complexe, et anticiper un futur incertain. C’est à ce prix que l’Histoire continuera de s’affirmer, d’abord et avant tout, comme une discipline… d’avenir.

 

 

Renaud Dély, Membre du Jury du Prix du Livre d’Histoire Contemporaine, Journaliste Arte

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Thomas Snégaroff

Membre du Jury du Prix du Livre d’Histoire Contemporaine, Historien, chroniqueur France Info


Les Français aiment l’Histoire, mais la connaissent mal

Les flammes de Notre-Dame ont rallumé notre passion pour le Moyen Age. La montée des populismes a réveillé nos démons de l’entre-deux-guerres. Le centenaire de la Première Guerre mondiale nous a replongés dans l’enfer des tranchées…L’Histoire est partout. Les Français l’aiment, pour plus des trois quarts d’entre eux, à en croire les conclusions du sondage récemment réalisé par l’institut Harris pour les 110 ans du magazine Historia. L’histoire, ils la vivent à la radio, à la télévision, dans les livres, dans les musées, les châteaux et désormais majoritairement chez les plus jeunes, sur internet et dans des jeux vidéo.

A y regarder de plus près, l’histoire qui passionne demeure la grande Histoire. Celle des grands hommes –dans l’ordre, Napoléon, Louis XIV, de Gaulle et Charlemagne- et des grands événements –le mot le plus associé à « histoire », est « guerre »-, offrant un décalage saisissant avec les progrès de l’historiographie depuis au moins cinquante ans.

Et quand on interroge les Français sur le rôle de l’histoire, la première réponse est celle de la compréhension du présent, une tendance que l’on retrouve de plus en plus dans les programmes scolaires et qui s’apparente à ce que François Hartog avait qualifié de « présentisme » pour caractériser notre temps plein de lui-même et incapable de regarder le passé autrement que pour ce qu’il a à nous enseigner.

Là est à la fois une chance et un risque pour l’histoire et ceux qui en font profession. La chance d’offrir des clés de compréhension du présent et de répondre à une demande sociale, mais le risque de l’utilitarisme et d’un déterminisme qui nuit bien souvent à la rigueur de l’analyse d’un objet historique.

Les Français lancent un défi aux historiens. Pour ne pas se laisser enfermer dans l’histoire des grands hommes ou d’un simple éclairage du présent, il leur faudra du courage et plus encore du talent.  « Transmettre une émotion devant les vestiges d'un passé relève de l'art » écrivait le grand Georges Duby. 

 

Thomas Snégaroff, membre du Jury du Prix du Livre d’Histoire Contemporaine, historien, chroniqueur France Info

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François Bazin

Membre du Jury du Prix du Livre d’Histoire Contemporaine, Journaliste, essayiste, éditorialiste Le Nouveau Magazine littéraire


Sans Histoire, pas de Nation

Une Nation sans Histoire, ça n’existe pas. Un peuple qui ne ferait pas de la sienne, somme de souvenirs, d’émotions et d’expériences partagés, le ciment de son unité, ça n’existe pas davantage. La France, à cet égard, n’est pas une exception mais il y a toutefois dans son rapport à l’Histoire quelque chose de plus qui la distingue des autres et qui tient pour l’essentiel à son intensité et à cette vibration particulière qui toujours en découle. Il est vrai que dans le monde actuel, elles ne sont pas nombreuses les Nations qui viennent d’aussi loin et plongent aussi profond leurs racines. Pour comprendre, il faut donc raconter. Le roman national est né de cette exigence qui fait d’ailleurs de l’Histoire française une branche de la littérature. Voyez Michelet, cet immense prosateur, ce poète inspiré. Pour lui, la France est « une personne » qui vit, qui a vécu et ne vivra encore que dans la conscience rare d’être unique et universelle à la fois. Voyez aussi Hugo dont l’œuvre est un monument qui fait qu’au bout du compte, on ne sait plus très bien ce qu’il faut célébrer quand la fiction devient une part aussi puissante de la réalité.

  C’est d’ailleurs en ce sens que cette Histoire, la nôtre, ne se réduit pas à un patrimoine, aussi prestigieux soit-il, qu’il faudrait se contenter d’entretenir comme s’il était un trésor qu’on peut bien admirer, mais de loin, du bout des doigts, avec cette pointe de nostalgie ou d’effroi qui saisit un chacun lorsqu’il feuillette un album de famille. Cette Histoire n’est pas une simple recension du passé. Si elle n’était que ça, elle serait de peu d’intérêt et, en tout cas, d’une faible passion. Elle n’est vivante qu’en s’ouvrant sur l’avenir. Non pour le prédire mais pour simplement l’éclairer sur un mode qui n’est pas de la répétition mais de l’invention perpétuelle. Pour le dire autrement, l’Histoire telle que les Français la vivent lorsqu’ils sentent à la hauteur de leurs traditions, ne saurait être conservatrice. Ce qu’ils visitent ou revisitent n’est pas une ruine. C’est là qu’ils trouvent les pierres pour construire leur destin.

 

François Bazin, Membre du Jury du Prix du Livre d’Histoire Contemporaine, Journaliste, essayiste, éditorialiste Le Nouveau Magazine littéraire

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François d’orcival

Membre du Jury du Prix du Livre d’Histoire Contemporaine, Président de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, éditorialiste à Valeurs actuelles et au Figaro Magazine


Notre Histoire, notre héritage

« Du passé faisons table rase… » Quelle drôle d’idée ! Comment s’abstraire du passé ? Nous ne sommes qu’histoire, nous les humains de notre humaine condition. Cela commence dès la naissance, par l’état civil : nom du père et de la mère – qui eux-mêmes avaient un père et une mère, et nous voici, ainsi de suite, devenus les maillons d’une chaîne dont le bout se perd aux origines de la généalogie. Des savants ont su découvrir un autre état civil que celui des scribes, des officiers et des notaires, inscrit celui-là dans la génétique - découverte qui, de la nucléine jusqu’à l’ADN, a mis un siècle à aboutir. Toute une histoire !

Cette chaîne perpétuelle, Eugène-Melchior de Voguë l’avait illustrée dans un livre paru au tournant de l’autre siècle ; il avait résumé son intuition dans le titre : « Les morts qui parlent ». Parce que, quoiqu’on veuille, allait affirmer un autre écrivain de la génération suivante, Maurice Maeterlinck, « le passé est toujours présent ». En ce temps-là, on apprenait à lire dans la Bible, quand Moïse, Jacob, Joseph, David et Mardochée étaient aussi familiers aux écoliers que Charlemagne, Bayard, Turenne et Napoléon.

Notre histoire est un héritage, celui des trois mille ans de la Bible qui s’ajoutent aux vingt siècles de notre ère. L’histoire de l’antiquité gréco-romaine préface celle des temps médiévaux, de la Renaissance, et de la période moderne jusqu’à cette époque contemporaine qui nous occupe tant, parce qu’elle fournit les sources, dans tous les supports et tous les formats, permettant la reconstitution minutieuse de la mémoire de notre temps. Indépassable mémoire ! La preuve : tous nos ordinateurs en ont une.

Dans son « Voyage en Italie », Chateaubriand notait : « L’histoire n’attend plus l’historien : il trace une ligne, elle emporte un monde. » Notre monde ! Mais qui le saurait, demain, si l’historien n’était plus là pour nous le dire…

 

 

François d’Orcival, Membre du Jury du Prix du Livre d’Histoire Contemporaine, Président de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, éditorialiste à Valeurs actuelles et au Figaro Magazine

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Catherine CLément

Membre du Jury du Prix du Livre d’Histoire Contemporaine, Ecrivain


Vivre l’Histoire

Nous venons en  avril de vivre un  événement historique mondial. Notre Dame de Paris a brûlé sous nos yeux, que ce soit in vivo ou sur les petits écrans.  Qu’est-ce donc qui rend l’événement « historique » ? Au minimum, cet incendie s’imprimera dans les guides de Paris ; au maximum, il sera peut-être un jour dans un livre d’histoire. Mais à quel titre ? Incendies célèbres, polémiques architecturales, émotion collective particulièrement rare ? Ou d’autres titres encore selon ce que produira l’« Incendie de Notre Dame de Paris » ?

Trop tôt pour le savoir. Les livres d’histoire travaillent généralement sur les structures, le temps « froid », long, extrêmement long s’il s’agit du climat. C’est ce que nous autres, jurées et jurés du prix du Livre d’Histoire Contemporaine,  nous constatons en les sélectionnant,  avec, chaque année, un livre sur Hitler ( encore ! ),  un livre un peu coquin (hé hé), de grandes biographies (un  temps moyen, disons),  de nouveaux objets historiques ( du neuf !), un livre polémique ( Non ! Si !) et parfois,  une pépite littéraire dont le talent narratif l’emporte  sur l’intérêt historique du sujet (on dirait un  roman !). Ces exemples, ces temps longs, ces pépites, ces objets nouvellement étudiés comme la consommation matérielle, par exemple, allongent ou rétrécissent le temps historique au profit de la durée, qui ne se mesure pas.  Car c’est elle,la durée, qui nous actionne pendant que nous lisons. L’Histoire est-elle lisible ? Non quand elle est mal écrite. Si le livre  est trop près de l’écriture d’une thèse, si rien ne retient l’attention, un détail symbolique, une archive aveuglante de clarté, que sais-je, alors le thème retenu par l’auteur pourra bien  avoir été le mieux choisi du monde, l’Histoire ne sera pas lue. C’est ce qui fait le prix et l’ambiguïté de notre Michelet qui, style aidant, peut aussi raconter une histoire inventée. Précision, vérité, bon à lire, voilà ce qu’il nous faut. Mais pour être lue, l’Histoire demande surtout à devenir vivante.

Catherine Clément, Membre du Jury du Prix du Livre d’Histoire Contemporaine, Ecrivain

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Gabriel antonopoulos

Président de Vivre Lire


Reconstruire…

Nombreux sont ces citoyens français qui, sciemment ou ingénument, ont marqué leur temps et ce dans tous les domaines, l’écriture en est un parmi d’autres.

Le Panthéon est la sépulture des grands hommes et femmes qui ont marqué l’histoire de France, mais ce lieu-même n’est malheureusement pas assez vaste pour accueillir tous les Grands qui ont marqué leur temps et sont passés à la postérité.  Je pense, par exemple, aux illustres inconnus et inconnues qui ont sauvé des vies pendant la guerre et dont on a célébré le mérite assez tardivement. L’histoire en a certainement oublié quelques-uns.

Les Français et Françaises ont la force et la faculté de construire et de reconstruire, le récent malheureux événement de Notre Dame De Paris en est un bel exemple du rapport des « français à l’Histoire ». De ceux et de celles qui l’ont pleuré puis participé à la reconstruire.

 

Gabriel Antonopoulos, Président de Vivre Lire

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Olivier Forcade

Membre du Jury du Prix du Livre d’Histoire Contemporaine, Professeur d’Histoire contemporaine à l’Université Paris IV Sorbonne


Passions d’Histoire

    Chaque peuple fait son histoire qui se mêle à l’histoire universelle. D’où vient-il que les Français aiment passionnément la politique, la littérature et l’histoire ? Depuis toujours, c’est un peuple qui veut faire l’histoire et dialoguer avec elle, se porter à l’avant-garde des idées, agir sur les événements, changer le cours de la vie. Parce que la France n’est à son aise que dans les affaires universelles, les Français se sont longtemps pris à éclairer l’Histoire, par leurs actions, par leurs idées et par leur langue. Les Français aiment imposer leurs conceptions aux événements qui font l’histoire. Non pas à la manière des passions tristes ou de la nostalgie de l’histoire ou de quelque grandeur perdue, mais pour inventer, toujours, une autre voie ; pour comprendre le monde dans sa diversité comme le fit Albert Kahn avant et après la Première Guerre mondiale avec les archives de la Planète et créer les conditions de l’installation de la paix. Pour dépasser leur destin individuel et construire un horizon commun, collectif, universel en forçant le cours des événements. En surmontant les conjonctures nationales les plus funestes : reconstruire le pays au sortir de 1918 ; sauver la France après la défaite de 1940 comme le dit si bien l’historien Marc Bloch dans L’étrange défaite, témoignage écrit en 1940 et édité après sa mort sous les balles de la Milice en 1944. En s’imposant aujourd’hui dans une mondialisation qui semble perdre et refondre les identités.

Vouloir aujourd’hui reconstruire Notre-Dame de Paris et l’imaginer déjà reconstruite demain. Marc Bloch a eu cette formule que l’on ne peut comprendre la France si l’on ne vibre pas également à l’évocation de la première Fête de la Fédération et au sacre de Reims. Toute l’intelligence historique des Français est là, qui cherche à relier les sens communs d’événements en apparence contradictoires, pour garder la trajectoire d’une destinée collective et « être Français ».

 

Olivier Forcade, Membre du Jury du Prix du Livre d’Histoire Contemporaine, Professeur d’Histoire contemporaine à l’Université Paris IV Sorbonne