DÉBAT N°1

 Le retour des violences en politique


Animé par Elizabeth Martichoux, chef du service politique, RTL, avec :

Géraldine Bannier, députée (MoDem) de la 2ème circonscription de la Mayenne ; Marie-Christine Dalloz, députée (LR) de la 2ème circonscription du Jura ; Gilles Finchelstein, directeur de la Fondation Jean Jaurès ; Michel Wieviorka, sociologue, écrivain, directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Président de la Fondation Maison des Sciences de l’homme.


« La politique est un sport de combat » : tel est le titre de l’ouvrage que Gaspard Gantzer a consacré à son expérience élyséenne. Ce faisant, l’ancien conseiller en communication de François Hollande énonce-t-il autre chose qu’une simple banalité ? La politique, c’est un rapport de force. Son juge de paix est l’élection qui, par définition, distingue un vainqueur et des vaincus. Les épisodes récents d’une actualité riche en surprise et en rebondissements changent toutefois la perception qu’on peut avoir du « sport » qu’évoque Gaspard Gantzer. 2017 fut l’année de l’euthanasie de toute une génération politique : Hollande, Juppé, Fillon, Sarkozy et même, d’une certaine façon, Valls et Bayrou : qui dit mieux ? 2017 a laissé exsangue les principaux partis de gouvernements de la Cinquième République. Elle a liquidé d’un seul coup un patrimoine d’expériences et de talents qu’on avait deviné affaibli mais dont personne n’imaginait qu’il puisse disparaitre aussi vite et aussi brutalement.

Cette dérégulation ne s’est pas faite sans violence. C’est comme si les lois qui régissaient « le vieux monde » soudain n’opéraient plus et qu’il fallait en réinventer de nouvelles pour que le système politique retrouve son équilibre perdu. En attendant, « le dégagisme » s’est déployé avec une puissance inégalée. Or qu’est-ce que « le dégagisme » si ce n’est l’expression d’un rejet sans borne ni nuances dont rien n’indique aujourd’hui qu’il ait achevé son oeuvre. Mieux, n’est-il pas l’expression d’un mouvement plus profond encore qui mine durablement les formes traditionnelles du débat politique et, au-delà, des échanges publics sur une scène médiatique qu’on avait connue plus civilisée jusqu’à ce qu’internet et les réseaux que l’on dit sociaux ne viennent bousculer, pour le meilleur comme pour le pire, ses règles les mieux établies ?

Tweeter, ton univers impitoyable… Fakes news, nouvel horizon de la rumeur et de la manipulation… Il y a des signes qui ne trompent pas : la violence en politique - mais pas seulement - est de retour. Simple parenthèse entre deux cycles avant que s’installe un ordre nouveau ou expression d’un désordre sans fin : n’est-ce pas là le fond du débat ?