DÉBAT N°2

Mai 58, Mai 68, Mai 2018 :

des révolutions françaises ?


Animé par Françoise Fressoz, éditorialiste, Le Monde avec :

Laurence Debray, journaliste, écrivain ; Anne Levade, professeur de droit constitutionnel, Présidente de l’Association, française de Droit Constitutionnel ; Franck Riester, député (UAI) de la 5ème circonscription de Seine-et-Marne, Président du groupe UDI, Agir et Indépendants à l’Assemblée nationale, délégué national d’Agir ; Henri Weber, directeur des études européennes (PS)


Le 13 mai 1958, un mouvement insurrectionnel venu d’Alger ouvre la voie d’un retour au pouvoir du général de Gaulle. Moins d’un mois plus tard, l’Assemblée lui vote les pleins pouvoirs avec mission de rédiger une nouvelle Constitution. La IVème République est morte. Vive la Cinquième !

Le 13 mai 1968, une foule d’un demi-million de personne défile au coeur de Paris. Etudiants et ouvriers, au coude à coude derrière leurs syndicats, scandent un même slogan : « Dix ans, ça suffit ». Les événements de mai », comme on dira plus tard, sont à leur paroxysme. Le pouvoir gaulliste vacille. Un mois et demi plus tard, c’est une vague inverse – électorale, cette fois-ci – qui le remet provisoirement en selle.

Alors qu’Emmanuel Macron s’apprête à fêter le premier anniversaire de son arrivée à l’Elysée, quel est encore l’écho de cette double secousse dans l’imaginaire national ? Mai 58, c’est le désordre dans la rue qui débouche sur un retour à un ordre durable sur le plan politique et institutionnel. Mais 68, c’est une fois encore le désordre dans la rue qui annonce, dans un système institutionnel maintenu, une recomposition en profondeur de la vie politique et surtout des mentalités françaises.

Macron président n’est-il pas à sa façon l’héritier inattendu de cette Cinquième République, façonnée par l’Histoire et remodelée, au fil des ans, par les crises qu’elle a su surmonter ? Comme de Gaulle en 1958, comme les soixante-huitards, il célèbre « un nouveau monde » et, à travers celui-ci, un nouvel ordre dont il se veut le héraut. Ce sont les institutions forgées par le premier qui ont permis son accession à la magistrature suprême et qui, depuis, assurent la stabilité de son gouvernement. Ce sont les aspirations libertaires des seconds, déclinées sur un mode platement libéral, qui constituent l’un des moteurs de cette « révolution » qui a bouleversé le paysage politique en mai et juin de l’année dernière.

L’ordre et le mouvement, en même temps. Le retour de l’autorité et l’aspiration à la modernité, en même temps. La verticalité et célébration de l’individu souverain, en même temps. Cette synthèse macronienne est-elle un simple point d’équilibre par nature instable ou est-elle créatrice d’un nouvel élan ? Dans le grand livre de la Cinquième, est-elle une relecture ou une renaissance ?