Vincent Giret

Directeur de franceinfo


L’euro, et après ?

 

« On ne pourra plus continuer à décrire l’Europe comme un objet indéterminé, un mouvement perpétuel, un pays où l’on arrive jamais… ». Ainsi s’exprimait un diplomate français, il y a tout juste vingt ans, au moment même où onze pays jetaient les bases de l’euro. L’Europe allait enfin devenir consistante, concrète, sonnante et trébuchante dans les poches mêmes de ses citoyens. Le mark, le franc, la lire et d’autres monnaies toutes chargées d’histoire et de culture s’effaçaient pour donner un autre destin au Vieux continent. Maints oracles avaient dit l’idée impossible ou funeste avant même sa création, tant ont annoncé la mort de cette construction théorique, tant d’autres encore ont instruit son procès, des souverainistes aux économistes américains les plus libéraux. Ça ne marchera pas ! Trop fragile, trop baroque, trop incomplet. Jamais dans l’histoire, des pays aux économies aussi disparates n’ont bâti une union monétaire sans jeter au préalable les jalons d’une union politique…

 

Las, vingt ans après sa création, l’euro tient bon et même sacrément bon. L’euro était censé se volatiliser à la première bourrasque, mais il a pourtant résisté à la plus grave crise financière mondiale depuis celle de 1929. Mieux : sévèrement mis à l’épreuve, corrigé, complété au gré de compromis politiques, l’écosystème de la monnaie unique européenne s’est façonné une résilience insoupçonnée. La banque centrale européenne est même aujourd’hui l’institution européenne la plus efficace, la plus robuste et même la plus populaire : la BCE est devenue l’institution en laquelle les Européens ont le plus confiance, loin devant le Commission ou le Parlement, avec un taux global de 74% dans les 17 pays de la zone.

 

Vingt ans après l’avènement d’une monnaie commune, l’Europe tremble pourtant à nouveau sur ses bases : la frustration populaire des classes moyennes de tous les pays avancés dans une économie mondialisée, le rejet d’une bureaucratie coupée des réalités et des citoyens, de même que les menaces sur la sécurité du continent ouvrent une nouvelle phase existentielle. C’est tout l’enjeu de l’année qui vient où les citoyens devront faire entendre leur voix et… choisir une voie, alliant le possible, le nécessaire et l’indispensable. « La vérité, c’est que les Européens ne savent pas ce qu’ils ont bâti », affirme Marcel Gauchet. Aux électeurs de faire mentir le philosophe. Pour les y aider, franceinfo, média de service public, prendra toute sa part pour faire vivre le débat contradictoire.

 

Vincent Giret, Directeur de franceinfo