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Cédric Lewandowski 

Président de Lire la Société 


Lire la Société au service

de la République ! 

L’Association Lire La Société a pour vocation de contribuer au débat démocratique en assurant la promotion de la littérature politique pour susciter des idées nouvelles, condition sine qua non du progrès collectif. Que ce soit à l’Assemblée nationale, aux Ministères de l’Économie et des Affaires Étrangères, Luce Perrot a su convaincre les grands responsables de l’État de la force du livre au service de la Cité. Ainsi se retrouvent rassemblés régulièrement des hommes et des femmes politiques, des intellectuels, des chefs d’entreprises, des étudiants pour évoquer ensemble notre destin partagé. Or, comme le rappelait souvent l’écrivain américain Norman Mailer, « la parole est le premier instrument de la volonté ». 

Fidèle à son rôle d’éclaireur, la Journée du Livre Politique a décidé de consacrer sa 27ème Édition aux « nouveaux enjeux de la République », ceux qui doivent justement lui permettre de se pérenniser et sans doute de se transformer. 

« Crise de la représentation », « abstention record », « montée des populismes », « déficit démocratique »… la Vème République fête son soixantième anniversaire dans une atmosphère où le doute semble de mise. 

Il est vrai que les défis sont nombreux : certains classiques, notamment l’accélération du temps (la fameuse « dromocratie » de Paul Virilio), d’autres plus inattendus, comme la confusion engendrée par le chaos des réseaux sociaux. Face à ces chocs en série, nous devons prendre le temps de réfléchir. 

De 1792 à nos jours, malgré les heurts et les malheurs, la République est devenue notre socle. Elle a surmonté la Restauration, le Rétablissement de l’Empire, la Commune, l’Affaire Dreyfus, la Séparation de l’Église et de l’État, la puissance des Ligues et Vichy … Comment douter qu’elle saura à nouveau dépasser les tensions du moment ? Ne l’oublions jamais : c’est le citoyen qui fait la République. À nous de l’informer, de le cultiver pour qu’il soit pleinement engagé dans la préservation d’un modèle politique qui, au fond, n’a d’autre objectif que celui du bien commun. 

 

Cédric Lewandowski, Président de Lire la Société 

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François de Rugy 

Président de l’Assemblée nationale  


Une démocratie renforcée pour

une République renouvelée 

En plaçant au coeur de ses débats « Les nouveaux enjeux de la République », cette 27ème journée du Livre politique fait particulièrement écho aux préoccupations qui animent aujourd’hui la Représentation nationale. 

Lors des dernières échéances électorales, les Français ont clairement et massivement opté pour la rénovation de nos institutions républicaines. Les électeurs exigent en effet de leurs représentants davantage d’efficacité. Et en même temps, ils souhaitent être acteurs du changement, avoir la possibilité, lorsqu’ils le souhaitent, de participer aux débats voire à la prise de décision, d’accéder aux indicateurs permettant d’évaluer les effets des politiques conduites en leur nom. 

Ces exigences citoyennes, ces nouveaux enjeux, appellent une République adaptée à notre temps. Tel est d’ailleurs le sens des réformes engagées depuis l’été 2017 à l’Assemblée nationale. Tel est l’objectif qui doit être celui de la réforme constitutionnelle annoncée par le Président de la République. 

Les institutions gaulliennes sont par nature verticales, le pouvoir politique s’exerçant, en dehors des élections, du haut vers le bas. Elles doivent désormais s’accompagner d’une logique plus horizontale, fondée sur la participation des citoyens dont les exigences se sont singulièrement accrues, notamment sous l’effet d’une information foisonnante et d’une accélération des rythmes médiatiques et politiques. 

Donner de nouveaux pouvoirs aux citoyens, c’est leur conférer, dans nos institutions, la possibilité d’intervenir dans la vie politique en dehors des moments électoraux. À cet effet, le droit de pétition nécessite d’être rénové pour lui donner un cadre institutionnel qui garantisse la sincérité de la collecte ainsi que le transfert des revendications les plus soutenues au législateur. Dans le même esprit, la révision du référendum d’initiative partagée – créé en 2008 mais jamais mis en oeuvre – me paraît nécessaire. La rédaction actuelle de la Constitution rend pour ainsi dire impossible le déclenchement de cette procédure. Pour intervenir dans les débats, les citoyens doivent aussi avoir accès à l’information et tout particulièrement à celle que détiennent les administrations. Je souhaite donc que soit inscrit dans la Constitution un droit d’accès aux informations publiques. Enfin, la liberté des réseaux, ce qu’on appelle couramment « la neutralité du Net », représente une telle exigence aujourd’hui que la Constitution me semble l’instrument adéquat pour la proclamer, en tant que principe, et porter ainsi le débat au niveau qu’il mérite. 

En traduisant dans nos institutions ces nouvelles exigences, il ne s’agit pas de céder à l’air du temps ni aux gadgets, encore moins d’affaiblir le Parlement. Démocratie participative et démocratie représentative, loin de s’opposer, se complètent et s’enrichissent mutuellement. Et reconnaître de nouveaux droits aux citoyens, c’est oeuvrer en faveur d’une démocratie renforcée pour une République renouvelée. 

François de Rugy, Président de l’Assemblée nationale  

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Laurent Joffrin 

Directeur de la rédaction, Libération  


Les GAFA contre la République 

La vie de la République est un éternel recommencement. Régime humain, elle est par nature imparfaite et fragile. Toujours, il lui faut corriger ses travers, lutter pour ses principes menacés, faire reculer ses adversaires. Elle a réussi au 19ème siècle à maîtriser les anciennes féodalités, aristocratiques ou cléricales. Sans cesse il en naît de nouvelles, en général dans le champ économique. Les plus dangereuses, au 21ème siècle qui commence, sont les féodalités numériques. Bâtissant des monopoles sur une concurrence effrénée, les multinationales de l’informatique personnelle, celles qu’on appelle les GAFA, ont acquis une puissance inquiétante. Comme les anciens ducs, comme les barons et les marquis de jadis, elles échappent à l’impôt, amassent des fortunes colossales, parlent d’égal à égal avec les Etats démocratiques. Elles influent sur la vie de millions de citoyens par la manipulation des milliards de données, se prêtent complaisamment à la diffusion de fausses informations, de messages de haine et d’idéologies sectaires. Elles privatisent la censure en imposant leurs propres normes à la circulation de l’information. Il apparaît aujourd’hui, à travers le scandale qui met en cause Facebook, qu’elles interfèrent aussi dans le processus électoral en cédant leurs « data » aux stratèges du populisme. On dénonçait hier « les rois de la mine et du rail », selon les paroles de l’Internationale. On est aujourd’hui en butte aux agissements des empereurs de l’écran et de l’algorithme. 

On croit parfois que seule la restauration de la souveraineté nationale peut contenir ce fléau. C’est une illusion. La République doit se battre sur un plan national ET à l’échelle internationale. Contraindre les GAFA à acquitter l’impôt, réguler leur fonctionnement, rendre aux représentants élus la maîtrise des lois démocratiques sur l’information, contrôler le pouvoir public acquis par ces puissances privées : c’est la tâche de l’heure. Les États nationaux n’y suffiront pas. C’est leur coalition qui équilibrera l’influence délétère des GAFA, à travers l’Europe unie, les institutions internationales et les accords entre gouvernements. Les progrès accomplis dans la lutte contre les paradis fiscaux montrent que cet objectif est réaliste, même s’il est difficile à atteindre. Traités fiscaux, règles mondiales sur la circulation des signes et des symboles, limitation des interventions dans les campagnes électorales : les outils existent, il suffit de les utiliser. Pour récupérer sa souveraineté, la République française doit aussi l’exercer au-delà des frontières, par la coopération internationale, seul contrepoids aux excès de la mondialisation. 


Laurent Joffrin, Directeur de la rédaction, Libération  

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Marc Ladreit de Lacharrière 

Président-directeur général de Fimalac  


Nourrir l’engagement citoyen 


Je suis très heureux de contribuer à cette 27ème édition de la Journée du Livre Politique, avec toujours la volonté de favoriser la participation du plus grand nombre, et principalement des plus jeunes, aux débats d’idées qui animent le paysage intellectuel et politique de notre pays. 

Partenaire de l’association Lire la Société depuis sa création, Fimalac s’est toujours engagée à agir en faveur d’une société plus harmonieuse et solidaire, notamment au travers de sa fondation d’entreprise, la Fondation Culture & Diversité. Ces engagements se déploient en favorisant l’accès des jeunes issus des milieux les moins favorisés aux pratiques artistiques et culturelles. Ils se poursuivent par des actions en faveur du rayonnement culturel de la France ainsi que dans le débat économique et social. 

C’est donc avec une grande joie que j’ai souhaité répondre à l’amical appel de Luce Perrot et de l’association Lire la Société, pour que perdure ce rendez-vous remarquable au service des livres politiques et de la pédagogie, qui permet de nourrir l’engagement citoyen et le débat d’idées. 

Il s’agit d’une opportunité exceptionnelle, pour les participants, d’aiguiser leur sens critique au coeur d’un lieu aussi emblématique que l’Assemblée nationale. Découvrir et rencontrer ces auteurs, écrivains, journalistes ou élus, hommes et femmes tous passionnés de vie publique, constitue une chance précieuse. 

Le thème de cette édition 2018, « Les nouveaux enjeux de la République », examine les défis de notre pays, en écho à un double anniversaire : les 60 ans de la Vème République et les 50 ans des évènements de mai 68. Occasion de débattre et de réfléchir sur notre avenir et sur les événements de nature à transformer notre société et marquer les esprits. Car aujourd’hui encore, la politique ne cesse de se renouveler et de susciter des interrogations nouvelles, que chacun d’entre nous se doit de mesurer. 

Par l’organisation de ces débats, par l’éveil des consciences à la littérature politique, la Journée du Livre Politique met à la disposition du plus grand nombre des outils de très grande qualité afin d’encourager l’engagement et l’audace des citoyens de demain. 

Marc Ladreit de Lacharrière,

Président-directeur général de Fimalac 



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Marc Crépon

Directeur du département de philosophie, École Normale Supérieure 


Une exigence de solidarité 

L’historicité de la République tient à la façon dont, confrontée à de nouvelles épreuves, elle réinvente l‘équilibre et l’accord entre les trois termes de sa devise, la liberté, l’égalité et la fraternité, sans que la défense de l’un de ses principes se retourne contre les autres. La nouveauté des enjeux est à la mesure de ce qui, dans une situation historique donnée, économique, sociale et politique, fragilise ou compromet cet accord et cet équilibre. Ainsi en est-il des grandes crises internationales. C’est peu dire qu’aujourd’hui la menace terroriste constitue la nouvelle donne, source d’un nouveau défi. Car ce n’est pas seulement à la sécurité immédiate des citoyens qu’elle s’en prend, c’est au moins autant leur confiance minimale dans la capacité des valeurs et des principes républicains à leur permettre de vivre ensemble qu’elle vise à détruire. La répétition des attentats terroristes est d’autant plus redoutable, en effet, qu’elle distille dans la société le poison des passions négatives : la peur, la défiance, le ressentiment, sinon la haine, qui sont autant de ferments de division. 

Le trait commun des trois termes de la devise républicaine est que chacun d’eux peut être pensé comme la protection d’un lien. La liberté garantit la sûreté et la sécurité de celui qui lie les citoyens aux gouvernants. L’égalité défend que les droits dont bénéficient les uns s’exercent au détriment des autres, elle les rassemble en les soumettant à la même loi. La fraternité enfin transcende les appartenances communautaires pour étendre à tous le soin que les citoyens se doivent les uns aux autres. Elle a pour forme concrète l’accueil et le secours. La force de la République réside alors dans la façon dont, envers et contre tout, elle préserve la cohérence de ces trois liens. Un terme suffit à en rappeler l’exigence : la solidarité. Si elle constitue un enjeu majeur, c’est qu’elle est à double face. Elle désigne d’abord la prééminence nécessaire du bien commun, quand il contrarie des intérêts particuliers, fussent-ils communautaires. Mais elle implique aussi la défense principielle de ces mêmes intérêts, quand ils ne heurtent en rien l’intérêt général. 

Significative est à cet égard la question controversée de la laïcité. Comme la liberté, l’égalité et la fraternité, elle se doit d’être solidaire. L’enjeu est de faire en sorte qu’elle reste le remède dont nous avons besoin contre d’éventuelles pressions communautaires, pour continuer de construire, autant que faire se peut, une société paisible et harmonieuse ; mais c’est aussi d’éviter qu’elle vire au poison qu’elle devient quand elle brandit son principe comme une arme dressée contre telle communauté déterminée. C’est alors, en effet, qu’exprimant une intolérance accrue à l’encontre des pratiques et des coutumes, dont elle devrait au contraire rester attachée à protéger l’expression, elle risque de se retourner contre la liberté, l’égalité et la fraternité. Ce qu’il importe de défendre, c’est donc l’esprit de la laïcité qui est tout le contraire d’un anathème jeté sur les religions : un engagement mutuel, les uns à l’égard des autres, toutes appartenances confondues ; la liberté reconnue à chacun d’inventer sa propre singularité, avec ou sans la religion, dans le respect des lois de la République. 

Marc Crépon 

Directeur du département de philosophie, École Normale Supérieure 

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Brice teinturier

Directeur général délégué d’IPSOS France


Vous avez dit nouveau monde ?

Le vieux monde politique était à bout de souffle. La présidentielle de 2017 l’a achevé. Dans cette pièce de théâtre digne des plus belles tragédies grecques, Macron a opéré la catharsis chère à Aristote. Fort bien, elle était à l’évidence nécessaire. Et comme le cadavre remue encore, la machine à détruire l’ancien monde est plus active que jamais. Elle se fait à coup de triangulations dans les triangulations, ne laissant que fort peu d’espace à toute opposition de gauche comme de droite traditionnelle. Fort bien à nouveau. Sauf, et c’est tout le problème, que le nouveau monde n’émerge pas vraiment. Nous sommes au contraire dans une phase où l’intérêt pour la politique recule, tout comme l’audience des émissions politiques, qu’elles soient de bonne ou de mauvaise facture, tout comme les mobilisations protestataires et plus généralement, l’engagement politique. Une phase dans laquelle les élus ne sont plus vecteurs d’identifications fortes – les anciens ont été emportés, les nouveaux ne sont guère connus et intéressent peu – et où sont mis en avant la compétence et l’efficacité comme critères fondamentaux de la politique. Or, la politique ne se réduit pas à une praxis, aussi puissante soit-elle. Une phase qui en conséquence, s’apparente davantage pour l’instant à une formidable machine à dépolitiser qu’à repolitiser intelligemment, dans laquelle le peuple, lassé des turpitudes du passé, s’en remet à une « dream team » brillante, apparemment honnête et efficace. Et va pendant ce temps faire autre chose. Pour combien de temps ?

Le Président, alors même qu’il est l’un de ceux qui a le plus réfléchi à la question, a donc beaucoup de mal à remettre en route la politique. C’est ce qui arrive quand on oppose « l’ancien monde » au « nouveau monde », en voulant faire tabula rasa. Et c’est un des enjeux forts de la République que de ne pas conduire à une régression politique majeure en ayant voulu son contraire.


Brice Teinturier

Directeur général délégué d’IPSOS France 

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Franck RiesteR

Député de Seine-et-Marne, Coprésident du groupe UDI,

Agir et Indépendants à l’Assemblée nationale, Délégué national d’Agir


Une réforme en profondeur des institutions pour moderniser notre République

Instaurée il y a presque six décennies, la Vème République a démontré sa solidité face aux épreuves du temps. Depuis son adoption le 4 octobre 1958, notre Constitution, issue d’un compromis historique entre une tradition parlementariste et celle d’un exécutif fort, a ainsi permis à la France d’être gouvernée et de s’adapter à la construction européenne, à la décentralisation, aux évolutions sociales. Elle a prouvé son inépuisable capacité d’adaptation en épousant les contours des étapes successives de la Vème République : l’élection au suffrage universel direct en 1962, les différentes cohabitations, le quinquennat, etc. Révisée vingt-quatre fois, elle n’a cessé d’évoluer ; il convient à présent de continuer à l’adapter aux transformations du monde contemporain et de moderniser le fonctionnement de nos institutions.

A ce titre, dès son élection au printemps dernier, le Président de la République a annoncé une réforme en profondeur des institutions françaises. Il s’agit d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur : je réclame de longue date un renouvellement des pratiques, des idées et du personnel politique. Je suis en effet persuadé qu’une telle réforme, si elle permet aux responsables politiques de gagner en efficacité et en réactivité et donc d’améliorer leur capacité de changer les choses, permettrait de retisser le lien de confiance avec nos concitoyens.

Seule une réforme d’ampleur serait à même de régénérer notre démocratie. Nous devons ainsi nous pencher sur la rationalisation du fonctionnement de l’exécutif, réfléchir à la revalorisation du rôle des territoires dans une République décentralisée. Au Parlement, réduire le nombre de députés et de sénateurs tout en renforçant leurs moyens et leurs équipes permettrait de revaloriser leurs missions, en particulier celle de contrôle de l’action gouvernementale, bien trop souvent négligée aujourd’hui. Surtout, il est essentiel de raccourcir et de simplifier le processus législatif. Actuellement, il peut y avoir jusqu’à huit lectures avant l’adoption définitive d’un texte, entre les commissions et la séance, à l’Assemblée et au Sénat, puis les commissions mixtes paritaires ou quelques députés et sénateurs décident de la version finale du texte de loi dans un véritable déni démocratique ; il est devenu flagrant que le temps de la loi ne répond plus aux exigences de rapidité des réformes à mettre en œuvre. Par ailleurs, j’estime que les discussions ne doivent pas se confiner à l’enceinte du Parlement : nous devons améliorer la qualité et la légitimité de la loi en amont, par des consultations citoyennes systématiques en amont du travail parlementaire.

La Journée du Livre Politique, qui explore à l’occasion de sa 27ème édition le thème des nouveaux enjeux de la République, participe d’ailleurs de ce débat citoyen nécessaire autour du projet de réforme des institutions. Je suis honoré de pouvoir, cette année encore, y apporter ma contribution.

Franck Riester,

Député de Seine-et-Marne, Coprésident du groupe UDI,

Agir et Indépendants à l’Assemblée nationale, Délégué national d’Agir


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Hugues Renson 

Député de la 13ème circonscription de Paris,

Vice-président de l’Assemblée nationale


Pour faire vivre la Démocratie,

cultivons les écrits

Le thème de cette 27ème journée du Livre politique, qui se déroule, comme tous les ans, sous le haut patronage du Président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, porte sur « les nouveaux enjeux de la République ». Il est non seulement conforme à l’objet de l’association – pourrait-il en être autrement ? – puisque celle-ci entend, pour reprendre les mots de sa présidente fondatrice Luce Perrot, « comprendre et démêler les difficultés inhérentes à l’exercice du pouvoir ». Mais ce thème fait également écho à l’actualité politique de notre pays, marquée, en 2017, par le plus important renouvellement de l’Assemblée nationale depuis la 1re législature de notre République, dont nous fêterons cette année les soixante ans.

À l’aune de ce renouvellement, engendré par la dislocation de la structuration bipolaire de notre système politique, quels « enjeux » devons-nous assigner à notre « République » ? Perdurer, se maintenir, se renforcer, d’abord. L’espoir qu’a suscité l’élection d’un Président de la République ayant eu le courage d’enjamber les frontières vieillissantes de notre vie politique comme l’enthousiasme retrouvé de bon nombre de nos concitoyens pour l’action publique ne doivent pas nous faire perdre de vue la nécessité de tisser le lien qui unit les représentants à leurs mandants. Le niveau d’abstention, toujours trop élevé, est là pour nous le rappeler. La défiance des Français à l’encontre du personnel politique n’a pas disparu comme par magie. À nous, par notre fidélité à nos engagements, par notre probité, par notre désintéressement et notre volonté de toujours œuvrer pour l’intérêt général, de rétablir cette confiance indispensable à la République. L’obéissance sied aux régimes dictatoriaux, la déférence aux monarchies, mais la République, elle, exige la confiance réciproque entre citoyens et gouvernants.

Cette confiance, si essentielle, repose avant tout sur la juste appréhension de l’exercice du pouvoir politique par les représentants. C’est sur ce terrain que la « littérature politique » a toute sa place, bien au-delà des médias d’information. Le livre doit éveiller la curiosité et éclairer la conscience du lecteur. Il doit l’aider à bâtir son appareil critique. Il doit lui apporter la matière à partir de laquelle il construira son opinion, éventuellement son choix politique.

Mon ami Jean-Louis Debré, dont la plus grande fierté aura été, de son propre aveu, de présider l’Assemblée nationale durant la 12ème législature, me disait, alors que je le rencontrais, il y a quelques jours, dans les couloirs du Palais Bourbon : « La politique, c’est le verbe ». Le verbe, qui se conjugue autant à l’oral qu’à l’écrit. Aujourd’hui, c’est l’écrit qui nous occupe. L’écrit qui reste, à la différence des paroles qui, trop souvent, s’envolent. Pensons à celles qui restent gravées dans nos mémoires
– notamment celles prononcées par un des membres fondateurs de l’association, Robert Badinter, Garde des Sceaux, alors qu’il exhortait les députés à abroger la peine de mort –, et cultivons les écrits qui sont autant de jalons posés sur les chemins de la liberté démocratique.

Hugues Renson, Ministre de la Culture, Député (UAI) de la 5ème circonscription de Seine-et-Marne, Président du groupe UDI, Agir et Indépendants à l’Assemblée nationale, délégué national d’Agir 

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Guillaume Bachelay

Ancien député de Seine-Maritime, conseiller municipal délégué de Grand Quevilly


Hommage à Jean d’Ormesson

« Je n’ai plus qu’une ambition, celle d’être un écrivain français. » Ce vœu, Jean d’Ormesson l’exprimait dans Garçon de quoi écrire paru en 1989. Au fil de la conversation avec François Sureau, il précisait sa pensée : « Par "écrivain français", je ne mets rien de nationaliste. Tout écrivain qui écrit en français mérite ce qualificatif (…) La langue et la littérature françaises sont ma vraie patrie, bien davantage que la France physique, que l’Hexagone. » Un peu plus loin, évoquant « une certaine vocation à l’universalité », il ajoutait en souvenir de Malraux : « la France n’est jamais plus la France que lorsqu’elle parle pour les autres ».

J’ai repensé à ces mots lorsque Jean d’Ormesson nous a quittés. Et aussi aux paroles qu’il avait prononcées en mars 2016 à l’Assemblée nationale après avoir reçu le prix des députés pour Je dirai malgré tout que cette vie fut belle. Dans le jury accueillant la pluralité des options politiques, son livre avait fait l’unanimité. Dans ce livre-odyssée dont il avait emprunté le titre à Aragon, l’auteur se faisait procureur et accusé, mêlant en un même souffle le tourbillon de sa vie et le vent de l’histoire collective : « Il me semble qu’il y a mieux que la mémoire : c’est l’imagination. Et il me semble qu’il y a mieux que le passé, c’est l’avenir ».

Ces convictions prononcées à presque trente ans de distance sont un message d’humanisme forgé auprès d’un père diplomate qu’il suivit à travers le chaos du monde de l’entre-deux guerres, auprès de ses maîtres à l’Ecole Normale, dans le dialogue des cultures à l’Unesco, à l’Académie française dont il fut le benjamin et où il fit entrer Marguerite Yourcenar, mais aussi dans les vagabondages de la vie à Portofino, Capri, Kalymnos, Oaxaca.

Oui, les textes de Jean d’Ormesson, l’ami de Caillois, d’Aron, de Jeanne Hersch, nous parlent et d’abord l’histoire-fiction, ce genre qu’il inventa. Parmi toutes les histoires à raconter, c’est celle de l’Histoire elle-même qu’il restitue avec ses époques et ses ricochets. De La Gloire de l’Empire à Et moi, je vis toujours, la création adossée au style cherche à embrasser la totalité du récit humain, de la connaissance, de l’existence. L’écrivain ne délivre pas des commandements, pas plus qu’il ne donne des leçons. Il nous invite à porter sur le monde un certain regard, une sensibilité nourrie par l’étonnement et la tolérance. 

C’est le don inestimable de la littérature à la politique : l’humanisme plutôt que l’économisme, les lettres et pas seulement les chiffres, le passé qui prend son sens par l’avenir, le futur qui n’est pas un aérolite, l’imagination qui permet aux âmes d’affronter les défis communs. Voilà pourquoi nous lisons et nous lirons l’œuvre de Jean d’Ormesson.

Guillaume Bachelay, ancien député de Seine-Maritime, est conseiller municipal délégué de Grand Quevilly. Dernier ouvrage paru : La politique sauvée par les livres.


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Louis Gautier

Directeur de la Chaire « Grands enjeux stratégiques contemporains »

à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, conseiller maître à la Cour des comptes


Hommage à Pierre Bergé

Pierre Bergé n’aimait pas mai 58. Il n’était pas gaulliste. Il restait persuadé que la prise du pouvoir par le général de Gaulle relevait du coup de force. Il n’aimait pas non plus mai 68, ses désordres et les iconoclastes briseurs de statues. Durant l’occupation de l’Odéon, quand les drapeaux noirs et rouges flottaient au-dessus du théâtre, il fut clairement du côté de Jean-Louis Barrault, sifflé par les uns et bafoué par Malraux. Pierre Bergé, en anarchiste et en esthète, se méfiait des pouvoirs trop établis. Il abhorrait le diktat des révolutions.

Il n’aura pas connu mai 2018 - sans doute l’eût-il souhaité, non qu’à son âge, et au terme d’une si belle vie, il voulût durer à tout prix, mais parce que de ces trois dates, mai 2018 était la seule en forme de promesse, à contenir un lendemain. Grand collectionneur, Pierre Bergé n’affectionnait cependant pas le passé. Il était entièrement tourné vers l’avenir, vers des projets à réaliser, en homme pressé.

On s’est interrogé sur la sincérité de son positionnement politique à gauche. Ni gaulliste, ni trotskyste, en rien idéologue, Pierre Bergé ne s’est pas non plus pleinement converti au socialisme. Si l’on devait la cerner, sa pensée était proche de l’anarchisme individualiste de Max Stirner, dont il revendiquait d’ailleurs l’héritage intellectuel. Mais même cette référence, plaquée sur sa personnalité, m’apparaît encore artificielle. Pierre Bergé, avant tout, était un homme de fidélité et d’attachement. Il était du camp de ceux avec qui il avait mené des combats. C’était un homme d’action. Ses engagements formaient son opinion. Le paysage charentais de son enfance, dont il partageait le souvenir nostalgique avec François Mitterrand, constitue la toile de fond sur laquelle s’inscrit la première manifestation d’une prise de conscience politique : la participation dès six ans sur les épaules de son père à des manifestations de soutien au Front populaire, les visites d’entraide aux réfugiés espagnols parqués dans le sud-ouest, l’encyclopédie anarchiste que Blanche, la veuve de Sébastien Faure, lui donna quand il avait 12 ans. Bien plus tard, il y a eu la rencontre avec François Mitterrand. Cette amitié va l’ancrer à gauche, comme elle sera propice à un compagnonnage avec deux générations de responsables politiques, formant ou formés par l’Union de la gauche arrivée au pouvoir en 1981.

Mais c’est toute sa vie que Pierre Bergé a mené des combats politiques. Par-dessus tout, il était pacifiste, d’où son adhésion militante, après guerre, aux thèses de Garry Davis et aux idéaux des citoyens du monde. Il était farouchement attaché à la liberté d’expression et de création, convictions qui l’ont amené le premier à soutenir la cause de la démocratie en Chine après Tian’anmen. C’est encore le souci de la liberté d’expression et d’information qui l’a poussé, à 80 ans, à contribuer au sauvetage du journal Le Monde, dont il veilla à assurer l’indépendance.

Il ne supportait pas l’esprit de caste, l’élitisme des clubs et des écoles, les coteries. Il luttait contre toutes les formes d’exclusion sociale, comme en témoigne son engagement aux côtés de SOS Racisme, en faveur des droits des malades du sida, ou de l’égalité de statut civil entre hétérosexuels et homosexuels.

Si Pierre Bergé est resté à l’écart de mai 68, il en a devancé le mouvement et l’esprit contestataire, par son anticonformisme, ses moeurs affranchies de tout préjugé, sa fréquentation des artistes et des avant-gardes de son temps et le soutien qu’il leur a apporté. Chez lui, les choix personnels comme les choix politiques restaient soumis au risque de la contradiction des passions. Il assumait ses paradoxes, parfois avec mauvaise foi, estimant, comme l’écrivait Paul Valéry, que nos contradictions font la substance de notre activité d’esprit. Elles étaient, chez cette personnalité complexe et supérieure, la marque d’une liberté profonde.

Louis Gautier

Directeur de la Chaire « Grands enjeux stratégiques contemporains » à l’Université

Paris 1 Panthéon-Sorbonne, conseiller maître à la Cour des comptes


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Marie-Ève Malouines

Présidente Directrice Générale, LCP-AN


République, un vieux concept d’avenir

Le débat entre les anciens et les modernes est aussi vieux que l’opposition entre les progressistes et les conservateurs. Il se paie de mots en négligeant la force de l’action.

L’art politique passe par l’art oratoire. Mais la séduction du verbe n’est qu’un outil au service de l’objectif final du responsable public qui est d’agir conformément à ses engagements verbaux. L’art oratoire n’est pas une fin, il n’est qu’une étape.  Mais il est indispensable.

L’art politique serait trop simple s’il suffisait de faire et de se tourner vers les électeurs en leur disant “constatez par vous mêmes, voici ce que j’ai fait”.

Toute la difficulté de l’art politique consiste dans la difficulté à faire constater son action. Elle est difficilement mesurable. Même les chiffres ne peuvent prétendre apporter une vérité subjective, ils sont eux-même contestés. Si tant est que des chiffres puissent s’opposer à des sentiments ou à ressentiments. 

A force de ne pouvoir évaluer ses résultats, la politique a changé de registre. Elle était une action, elle est devenue un art. Or, l’art est subjectif, et surtout, soumis aux modes et à l’influence des chroniqueurs. Lesquels n’évaluent pas les résultats tangibles de l’action politique. Ils en jaugent les postures. L’analyse politique se résume aux commentaires sur la communication des acteurs politiques. Le mot lui-même a changé de sens. L’acteur politique n’est pas celui qui agit mais celui qui joue un rôle.

Heureusement, les livres ont le pouvoir de dépasser ces apparences. Parce que le lecteur s’y consacre en toute quiétude guidé par le seul goût de la connaissance. Qualité indispensable à un citoyen acteur de la République

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Marie-Christine DalloZ

Députée (LR) de la 2ème circonscription du Jura


Loin, loin des idées…

La notion de République dans son concept se délite. En effet, dans un monde organisé par et pour la communication qui occulte l’action collective comme individuelle, la réflexion est en partie annihilée. La prime est donnée aux phrases chocs, aux réseaux sociaux, loin, bien loin des idées. La forme a fini par l’emporter sur le fond. L’action politique n’est plus perçue que par le prisme du renouveau, du changement. Notre histoire repose avant tout sur une tradition républicaine qui nous lie depuis bientôt deux siècles. Elle fut parfois remise en question, a su se transformer, s’adapter, apprivoiser les évolutions qui ont naturellement accompagné les changements d’époque. Ainsi, si nous cherchons à la bousculer dans le seul dessein de suivre la tendance imposée, c’est toute la cohésion nationale qui sera remise en cause dans ses fondements. Il fut un temps où l’engagement en politique était la suite logique au socle de valeurs. Nous devons réfléchir ensemble à la manière de préserver les institutions pour une stabilité, seul gage de la continuité du pacte républicain qui nous unit et nous identifie.
L’un des enjeux fondamentaux de notre siècle est de savoir comment continuer à entretenir le sentiment d’appartenance à une communauté, celle de notre Nation, autour de laquelle nous construisons l’avenir. C’est celui des générations qui nous succéderont et à qui nous devrons léguer plus que des paroles mais bien nos actions, car elles seules resteront. Dans cet univers bruyant et mouvant, il nous appartient, au-delà des mots, de mettre en œuvre une République qui nous rassemble.

Marie-Christine Dalloz

Députée (LR) de la 2ème circonscription du Jura

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Gérard Courtois

Directeur éditorial, Le Monde


Liberté, égalité, fraternité

Les élections de 2017 ont fait exploser le système politique français. Elles ont disqualifié à la présidentielle et ratiboisé aux législatives les deux grands partis de gouvernement qui alternaient au pouvoir depuis des lustres. Elles ont remis en question le clivage droite-gauche qui structurait les grands choix politiques. Elles ont conduit à l'élection d'un président puis d'une majorité parlementaire qui ont déjoué toutes les règles canoniques d'âge, d'engagement et d'enracinement.

Mais, comme en attestent des taux d'abstention et/ou de vote blanc records, ce grand chamboulement  n'a pas effacé, au contraire, le profond sentiment de défiance des citoyens à l'égard des responsables politiques. Maintes fois diagnostiquée, l'origine de cette fracture est double : une crise de résultat des gouvernants, incapables de trouver de solides solutions aux problèmes qui minent le pays, en particulier le chômage de masse et la dette publique ; une crise de légitimité des mêmes, impuissants à faire vivre la promesse républicaine.

Au-delà du renouvellement de la scène politique, de ses règles et de ses acteurs, l'enjeu décisif pour la République est donc clair :  contrebattre cette défiance délétère en redonnant sens et effectivité à la devise nationale. La liberté, pour retrouver l'optimisme de la volonté, le goût de la responsabilité, la dynamique du progrès. L'égalité, pour combler le fossé croissant, ou du moins persistant, entre les plus riches et les plus modestes, les femmes et les hommes, les métropoles mondialisées et les territoires à l'abandon. La fraternité, pour lutter contre les crispations identitaires, les replis communautaires ou les tentations nationalistes qui se banalisent face aux pressions religieuses ou migratoires. L'on peut ajouter la solidarité, pour affronter les périls du changement climatique.

Face à la progression inquiétante des « démocraties » autoritaires et illibérales dans le monde et en Europe, c'est le défi, sans cesse recommencé, de la République.

Gérard Courtois

Directeur éditorial, Le Monde


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Vincent Giret

Directeur de franceinfo


Les nouveaux enjeux de la République

Il y a tout juste cinquante ans, en mai 1968, s’ouvrait une décennie puissante, rugissante, comme gonflée à l’optimisme, qui a façonné le monde dans lequel nous vivons. Elle annonçait un grand cycle libéral, celui d’une irrésistible contagion des libertés, des droits, des mœurs et du commerce. C’est dans cette décennie que couvent le triomphe de la démocratie, l’ouverture des frontières, la mondialisation, le projet fou d’internet, la monnaie unique européenne, la société multiculturelle… Plus rien ne sera comme avant.   

Pourtant, ce cycle craque sous nos yeux. Un « grand retournement » semble à l’œuvre, « une grande régression », théorisent même déjà plusieurs intellectuels : les premiers reculs de la mondialisation, le retour des frontières, l’affirmation du protectionnisme, les crispations conservatrices, la tentation du repli national et même communautaire et culturel, la hantise du déclin, la peur de l’autre... A bien des égards, la décennie qui s’ouvre est l’envers de celle des années 70, le négatif d’une photo, le contretype d’un vieux cliché. Une déconstruction s’est engagée, comme si la gravité des nouveaux défis à relever tétanisait nos sociétés : la grande transformation du travail, l’hyper-croissance des inégalités, le réchauffement climatique, l’islamisme radical,  les migrations massives, la défiance généralisée...

En Europe même, il n’y a plus une démocratie représentative qui ne soit pas perturbée ou déstabilisée. Les anciens pays de l’Est qui mirent tant d’énergie et de courage à se libérer de l’oppression communiste, basculent dans le populisme, rognent sur les libertés et malmènent l’état de droit. La Grande Bretagne, l’Espagne, l’Allemagne, et l’Italie tanguent, à des degrés divers, sous le coup de ce vent mauvais… Même un pays comme l’Autriche, très largement épargné par la crise économique, s’abandonne à une coalition qui gouverne désormais avec l’extrême-droite. La France s’agrippe à ses institutions comme à un rempart, elle tient bon et expérimente un renouvellement général, une « tabula rasa » totalement inédite, une hybridation politique « et de droite, et de gauche ».  

Dans cette période cruciale, journalistes et médias ont une responsabilité singulière : défendre à tout moment les exigences du métier d’informer. Eclairer les débats et les enjeux, produire de l’information certifiée, exceller dans la pédagogie, combattre les intox autant que l’obscurantisme. Et faire lire et réfléchir : c’est la belle ambition de ce prix du livre politique.

Vincent Giret

Directeur de franceinfo


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FRANCOIS BAZIN

Essayiste, secrétaire général du Prix du Livre Politique


L’urgence d’une restauration

Si on accepte l’idée que la République, c’est d’abord et avant tout un ensemble de principes et de règles, si on accepte également le diagnostic selon lequel cet ensemble a perdu au fil des ans ce qui faisait sa force, alors une conclusion s’impose d’elle-même : le combat républicain, celui qui fait l’urgence de la période, n’est pas de découvrir de nouveaux « enjeux » mais de rétablir ceux qui ont été oubliés. Pour le dire autrement, la République est un monument qu’il faut d’abord restaurer.

Commençons pas le plus simple : les institutions. Apparemment, elles tiennent. L’élection d’Emmanuel Macron, la manière dont ce nouveau Président a bouleversé de fond en comble un système partisan qu’on croyait immuable, les conditions de son installation à l’Elysée ont fait la démonstration de l’efficacité de la Cinquième. Celle-ci avait d’ailleurs montré lors du précédent quinquennat qu’elle pouvait même assurer à un pouvoir évanescent une stabilité minimale. Soixante ans après avoir été portées sur les fonts baptismaux, ces institutions voulues par le général de Gaulle soulèvent en fait toujours le même problème. Elles tirent leur force de leur caractère très peu républicain tout en permettant à la République – ou ce qui l’en reste – de ne pas verser dans le fossé. Y-a-t-il une manière de rétablir un équilibre qui soit un retour aux sources sans être pour autant un retour en arrière ?

Autre question qui découle de cette dernière : dés lors qu’on accepte l’idée que la République est la forme achevée de la démocratie, comment résoudre ce qu’on appelle communément la crise de la représentation ? Là encore, partons du plus récent, c’est-à-dire la séquence électorale de 2017. Plus de 40% des voix se sont portés, au 1er tour de la présidentielle, sur des candidats qui se prétendaient « hors système ». Emmanuel Macron a été élu avec 43,6% des inscrits alors que Jacques Chirac, quinze ans plus tôt, avait su réunir des deux tiers des électeurs. Les bulletins blancs ou nuls ont été au nombre de 4 millions. Aux législatives de juin, la participation a été, deux tours de scrutin, inférieure à 50%. Tout cela est du jamais vu. Il faudrait être aveugle pour ne pas admettre que de pareils chiffres révèlent un déficit démocratique de grande ampleur qui met à mal la solidité du pacte républicain. A qui fera-t-on croire que tout cela pourrait être corrigé par une simple réforme des modes de scrutin ? La représentation suppose la confiance. Celle-ci n’est plus au rendez-vous. On fera ici l’hypothèse que d’un point de vue républicain, elle ne reviendra qu’avec un renouveau effectif de quelques idées tellement simples qu’on en oublie trop souvent la puissance : liberté, égalité, fraternité, laïcité.

Franck Riester

Député de Seine-et-Marne, Coprésident du groupe UDI,

Agir et Indépendants à l’Assemblée nationale, Délégué national d’Agir


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Sandrine Treiner

Directrice de France Culture


Les nouveaux enjeux de la République

La politique rythme l’actualité et investit tous les médias. Face aux nouvelles formes de débats et de mobilisation, dans un contexte marqué par la diversification des modes d’information et d’expression, les femmes et hommes politiques ont repensé leur manière de faire de la politique ou se voient contraints de se réinventer. Les citoyens, notamment les plus jeunes, font désormais valoir leurs attentes, parfois dans la rue, mais surtout aux fils des réseaux sociaux et réclament la transparence.

Media de la vie des idées, des savoirs et de la création, France Culture poursuit sa mission de diffusion de la connaissance, de promotion du pluralisme des idées et d’explicitation des enjeux contemporains. France Culture favorise, notamment à travers ses Prix, la participation et le choix des étudiants, contribuant ainsi à leur accès aux œuvres et aux auteurs. Ainsi, le Prix France Culture du livre et de la bande dessinée politique a été créé en 2015 par Lire la société, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et France Culture.

Cette année, aux côtés de David Amiel, conseiller du Président de la République et président du jury, et de Ludovic Piedtenu, chef du service politique de France Culture, douze étudiants sélectionnés, issus des Grandes Ecoles, Universités et Ecoles de journalisme, liront une sélection de huit essais et de six bandes dessinées. Ces ouvrages scrutent, racontent, critiquent et commentent l’espace politique contemporain. Des coulisses de Matignon aux dîners en ville, de l’état de la gauche à la vie quotidienne d’un député, de la biographie d’une fille de révolutionnaire à l’histoire dessinée de France…, ce sont autant de plongées dans la vie politique française.

Les étudiants jurés seront les invités des Matins, du Grain à moudre et des journaux d’information de France Culture, et décerneront leurs prix aux lauréats, à l’Assemblée nationale.

Sandrine Treiner

Directrice de France Culture


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Gilles Finchelstein

Directeur général de la Fondation Jean Jaurès


Les deux noms de la République

« Je veux que la République ait deux noms : qu’elle s’appelle Liberté, et qu’elle s’appelle chose publique ». Ce sont les mots de Victor Hugo dans Choses vues, recueil de notes et de mémoires publié à titre posthume en 1887 et 1900.

S’interroger sur les nouveaux enjeux auxquels la République doit faire face, c’est donc s’interroger sur ce qui peut mettre à mal notre liberté et la chose publique.

Ce qui peut mettre à mal notre liberté ? D’abord tout ce qui s’attaque frontalement à elle, à commencer par le terrorisme, et l’intégrisme religieux, dont 85 % des Français pensent que c’est un problème de plus en plus préoccupant dont il faut s’occuper sérieusement[1]. Ce sont ensuite les attaques contre la laïcité, composante essentielle de notre République et garantie inconditionnelle de la liberté de conscience des individus. Ce sont aussi les remises en cause de notre système démocratique - à commencer par les populistes -, système qui doit prendre sa part nécessaire de rénovation, mais dont 33 % des Français considèrent que d’autres systèmes politiques peuvent être aussi bons[2]. Ce qui peut mettre à mal nos libertés, c’est enfin cette dictature invisible d’un numérique non régulé, des fake news au traitement des données.

Ce qui peut mettre à mal la chose publique ? D’abord et avant tout la défiance. Défiance envers les responsables politiques et les pouvoirs publics, qui ne s’est pas évaporée avec la « Révolution de velours » qui est passée par notre pays au printemps 2017 : sept français sur dix considèrent encore que la plupart des femmes et des hommes politiques sont corrompus, huit sur dix que les femmes et hommes politiques agissent principalement pour leurs intérêts personnels. [3] Défiance envers les responsables politiques donc, mais aussi défiance envers le savoir, la connaissance, dont l’essor et la profusion des théories conspirationnistes, notamment chez la jeune génération, est sans doute l’illustration la plus frappante : 55 % de nos concitoyens pensent que « l’industrie pharmaceutique est de mèche avec le ministère de la Santé pour cacher au grand public la nocivité des vaccins », 9 % que « la terre est plate et non pas ronde comme on nous l’apprend à l’école »[4]. Ce qui peut inverser la défiance ? Évidemment, l’efficacité et la justice des politiques publiques menées, évidemment l’intégrité et l’exemplarité des responsables publics qui les portent, et évidemment, le fait que ces derniers donnent du sens à l’action conduite.

Protéger pour garantir nos libertés fondamentales, rassurer et expliquer, encore et encore, pour garantir la primauté de la science, de la raison, et de la politique sur les croyances : voilà les enjeux de la République, et sans doute de notre siècle.

Gilles Finchelstein

Directeur général de la Fondation Jean Jaurès


[1] Fractures françaises 2017, vague 5, Fondation Jean-Jaurès, Le Monde, Sciences Po, juin 2017

[2] Op. cit

[3] Op. cit

[4] Le conspirationnisme dans l’opinion publique française, Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch, janvier 2018.

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Dominique Reynié

Professeur des Universités à Sciences Po Paris,

directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol)  


Que devient notre liberté d’opinion ?

On sait que l’avènement de la démocratie parlementaire est intimement lié à l’émergence d’une presse en mesure de circonscrire un espace public et de le réguler. La liberté d’opinion et la liberté de la presse ont été formalisées dans la seconde moitié du xixe siècle [1]. Il existe des origines philosophiques et juridiques communes aux différents régimes de liberté, ainsi que des convergences. Pendant un siècle, la liberté d’opinion et la liberté de la presse se sont déployées dans un univers juridiquement, techniquement et culturellement circonscrit au cadre national. Ce n’est plus le cas désormais. Potentiellement, les messages circulent partout dans le monde. L’affaiblissement tendanciel des sanctions pénales contre la presse et l’extension continue de la liberté d’opinion sont observables jusqu’à la fin des années 1980. Mais un tournant a lieu en 1988, avec la publication du roman Les Versets sataniques de Salman Rushdie et les réactions violentes suscitées à travers le monde suite à cette parution, provoquant plusieurs morts. Depuis, d’autres crises ont éclaté, comme l’affaire des caricatures danoises, en 2004, ou encore l’attentat islamiste contre la rédaction de Charlie Hebdo, en 2015.

Si, dans les démocraties, les législations sont nationales et libérales, l’espace de réception des messages est devenu global. Le libéralisme pénal national est désormais menacé par la montée d’une intolérance culturelle transnationale. Si l’on ajoute à cela, d’une part, le retour d’une censure d’État, appliquée en particulier aux réseaux sociaux et aux sites Internet, au nom de la lutte contre le terrorisme, et, d’autre part, le filtrage ou la capacité de référencement que possèdent, par position, les grandes compagnies qui font le Web, l’opinion et la presse pourraient ne plus connaître le même régime de liberté qu’elles ont connu.

[1]. Voir mon livre Le Triomphe de l’opinion publique. L’espace public français du xvie au xxe siècle, Odile Jacob, 1998.

Dominique Reynié

Professeur des Universités à Sciences Po, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol)


Dominique Reynié a récemment dirigé la publication de l’ouvrage Où va la démocratie ? Une enquête internationale de la Fondation pour l’innovation politique, Plon, 2017.

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Bertrand Munch

Directeur de l’information légale et administrative, DILA - Premier ministre


Vers un nouveau citoyen ?

Une journée consacrée au livre et à la politique… une journée pour donner à penser au citoyen et s’interroger sur les nouveaux enjeux de la République et sur la société : des sujets fondamentaux pour cette 27ème édition de la Journée du Livre politique que notre institution accompagne depuis quelques années déjà. 

Un citoyen que l’on souhaite voir éclairé mais qui, à l’heure des fake news ou fausses nouvelles, se trouve souvent bien démuni devant un afflux constant d’informations peu faciles à décoder.

C’est là que le service public doit jouer son rôle et remplir sa mission d’intérêt général : en permettant l’accès à la loi et au droit avec Légifrance ;  en en donnant une traduction en matière de droits et de devoirs dans la vie des Français, grâce aux informations et services délivrés par le site officiel de l’administration française service-public.fr ; ou encore grâce aux ressources - numérique ou papier - proposées par La Documentation française : dossiers, publications spécialisées, cartes, infographies ou vidéos pédagogiques… Des contenus fiables et sûrs existent et sont accessibles.

Eclairer le débat public, porter la connaissance de ce que sont les politiques publiques, les débats qui animent la société, les projets de lois en cours, les rapports publics, enquêtes ou études publiées … sont essentiels dans un monde mouvant où la place de l’Etat et les actions menées doivent être comprises et identifiées.

La direction de l’information légale et administrative est ainsi fière de contribuer au succès de cette 27ème journée du Livre politique à l’Assemblée nationale et d’offrir l’opportunité aux visiteurs de découvrir les éditions de La Documentation française notamment.

La DILA est également heureuse de présenter son travail d’éditeur et d’imprimeur en offrant le cahier spécial « 1958-1968-2018 : des révolutions françaises ? ».

Bertrand Munch

Directeur de l’information légale et administrative

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Didier Leschi

Préfet, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration


Jeunesse de la République

La Cinquième République a 60 ans. Elle n’est plus la même qu’à ses débuts, mais pas tout à fait une autre. Elle est née dans la tourmente des crises coloniales qui paralysait le pays. Elle a su y faire face et construire suffisamment de légitimité pour surpasser l’émotion de 1968 et traverser les alternances. Elle est née dans l’ancien monde où le mur de Berlin était pour certains la matérialisation d’un totalitarisme dont rien n’arrêterait l’expansion, et pour d’autres un paradis en devenir. Elle a vu venir à elle des exilés fuyant les tortures de généraux parlant l’espagnol, le grec ou le portugais ; et même, malgré tout, su éviter le pire à ceux de ses fils perdus dans la révolution.

Malgré son âge avancé, il lui faut s’adapter à un monde nouveau où les repères, les modes de penser, les femmes et les hommes qui avait été là lors de sa naissance ont profondément déclinés. Et où les défis sont à surmonter avec des outils qu’il faut inventer.

Il en va ainsi de l’accueil de l’étranger, exilé ou non. Dans le monde ancien, le monde du travail était l’allié turbulent de la République dans cette tache aussi vieille que la démocratie qui est de faire une place à celui qui n’est pas de la Cité, mais qui vient y chercher l’hospitalité. Aujourd’hui ce monde n’est plus, ou plus suffisamment vaillant. Non seulement ses lieux se sont fermés, mais en plus il cherche la pensée qui lui redonnera de l’élan. Il faut donc que la République arrive à trouver de nouvelles méthodes qui la rajeunissent pour pouvoir accomplir son devoir d’hospitalité et intégrer au mieux ceux qui l’ont choisi et qu’elle a accepté. Il ne s’agit pas uniquement pour elle d’enseigner sa langue et ainsi permettre à chacun de faire son chemin vers une citoyenneté active, il ne s’agit pas uniquement de former pour permettre aux nouveaux venus d’accéder à l’autonomie, à la dignité grâce au sentiment d’être utile au pays autant qu’à soi-même, il ne s’agit pas seulement de loger ceux qui sont nus, il s’agit surtout de faire partager l’idée de la fraternité. Et pour cela, la République doit être exemplaire. Elle doit éviter les faux semblant, affirmer clairement ce qu’elle peut faire et ce qu’elle ne peut pas ou pas encore. Et ainsi faire de chacun le gardien de ce qu’elle est dans un monde incertain, la seule clef de voute d’une société où chacun se doit de respecter, la couleur, la foi, les désirs de l’autre dès lors qu’ils n’entravent pas la liberté de chacun…

Didier Leschi

Préfet, directreur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration