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FRANCOIS BAZIN

Essayiste, secrétaire général du Prix du Livre Politique


L’urgence d’une restauration

Si on accepte l’idée que la République, c’est d’abord et avant tout un ensemble de principes et de règles, si on accepte également le diagnostic selon lequel cet ensemble a perdu au fil des ans ce qui faisait sa force, alors une conclusion s’impose d’elle-même : le combat républicain, celui qui fait l’urgence de la période, n’est pas de découvrir de nouveaux « enjeux » mais de rétablir ceux qui ont été oubliés. Pour le dire autrement, la République est un monument qu’il faut d’abord restaurer.

Commençons pas le plus simple : les institutions. Apparemment, elles tiennent. L’élection d’Emmanuel Macron, la manière dont ce nouveau Président a bouleversé de fond en comble un système partisan qu’on croyait immuable, les conditions de son installation à l’Elysée ont fait la démonstration de l’efficacité de la Cinquième. Celle-ci avait d’ailleurs montré lors du précédent quinquennat qu’elle pouvait même assurer à un pouvoir évanescent une stabilité minimale. Soixante ans après avoir été portées sur les fonts baptismaux, ces institutions voulues par le général de Gaulle soulèvent en fait toujours le même problème. Elles tirent leur force de leur caractère très peu républicain tout en permettant à la République – ou ce qui l’en reste – de ne pas verser dans le fossé. Y-a-t-il une manière de rétablir un équilibre qui soit un retour aux sources sans être pour autant un retour en arrière ?

Autre question qui découle de cette dernière : dés lors qu’on accepte l’idée que la République est la forme achevée de la démocratie, comment résoudre ce qu’on appelle communément la crise de la représentation ? Là encore, partons du plus récent, c’est-à-dire la séquence électorale de 2017. Plus de 40% des voix se sont portés, au 1er tour de la présidentielle, sur des candidats qui se prétendaient « hors système ». Emmanuel Macron a été élu avec 43,6% des inscrits alors que Jacques Chirac, quinze ans plus tôt, avait su réunir des deux tiers des électeurs. Les bulletins blancs ou nuls ont été au nombre de 4 millions. Aux législatives de juin, la participation a été, deux tours de scrutin, inférieure à 50%. Tout cela est du jamais vu. Il faudrait être aveugle pour ne pas admettre que de pareils chiffres révèlent un déficit démocratique de grande ampleur qui met à mal la solidité du pacte républicain. A qui fera-t-on croire que tout cela pourrait être corrigé par une simple réforme des modes de scrutin ? La représentation suppose la confiance. Celle-ci n’est plus au rendez-vous. On fera ici l’hypothèse que d’un point de vue républicain, elle ne reviendra qu’avec un renouveau effectif de quelques idées tellement simples qu’on en oublie trop souvent la puissance : liberté, égalité, fraternité, laïcité.

Franck Riester

Député de Seine-et-Marne, Coprésident du groupe UDI,

Agir et Indépendants à l’Assemblée nationale, Délégué national d’Agir