Brice Teinturier

Directeur Général Délégué D’Ipsos France


La croyance en l’euro

 

La monnaie n’est pas une réalité matérielle mais une construction psychologique, explique Yuval Noah Harari dans Sapiens- une brève histoire de l’humanité. Elle repose sur un système de confiance mutuelle le plus universel et le plus efficace jamais imaginé qui fait qu’on accepte d’échanger un bien concret contre quelques bouts de papier. Ce mécanisme permet aussi de transcender les différences de religion, de genre, de race ou de culture et de faire en sorte que des personnes qui ne se connaissent pas vont malgré tout collaborer efficacement. Au-delà de leurs différences, elles partagent en effet une croyance commune, la croyance en l’or, le dollar ou l’euro.   Mais si ce système permet la coopération et produit de la tolérance, c’est aussi lui qui dans le même temps, corrode les traditions locales ou nationales pour les remplacer par les seules lois de l’offre et de la demande, alors même que les communautés humaines ont toujours été fondées sur des choses sans prix : la loyauté, la morale, l’honneur…La monnaie a donc cette double face : bras armé du commerce, elle adoucit les mœurs mais son revers est d’instaurer une confiance universelle non pas fondée sur les hommes, les communautés ou les valeurs sacrées mais dans la monnaie elle-même et ce qui la soutient.

 

Il est donc parfaitement logique que les concepteurs de l’Europe aient très vite envisagé une monnaie unique et qu’ils aient lié si intimement coopération économique et promesse de tolérance et de paix. Mais pour que les différents peuples continuent de croire à l’euro, c’est-à-dire croient que d’autres croient comme eux à quelque chose, il est nécessaire de mieux définir ce quelque chose et de ne pas le réduire à la seule promesse d’une prospérité accrue. Si cette dernière se fragilise, c’est en effet tout l’édifice qui se fissure. Revient alors en force la critique de la monnaie - ici de l’euro - comme agent de dissolution des valeurs fondamentales d’une société. C’est ce à quoi nous assistons aujourd’hui. L’urgence est donc de réarticuler l’euro à un système de croyance partagée en des valeurs fondamentales non réductibles au seul marché, et qui sont celles de l’Europe : le respect de la personne humaine et de ses droits, le refus de la peine de mort, l’égalité homme femme, le respect de la minorité... Là est le vrai combat.


 

Brice Teinturier

Directeur Général Délégué D’Ipsos France