Prix du Livre d'Histoire Contemporaine
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Témoignages des jurés

 

- Vidéo-témoignage de Philippe Simonnot pour son livre "Le siècle Balfour 1917-2017" : https://www.youtube.com/watch?v=Tl15vLVNH6c&feature=youtu.be

 

-Témoignage de Guillaume Cuchet:

Comment définiriez-vous le travail d’historien ?

 

« Comme un travail méthodique dont la « charte » a été explicitée en France à la fin du XIXe siècle par Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos dans leur fameuse Introduction aux études historiques (1898). C’est la base, même si l’écriture de l’histoire ne se réduit pas à ces problèmes critiques. Par rapport aux autres sciences sociales, auxquels il a éventuellement recours par ailleurs, l’historien a comme spécificité le rapport au temps qui est à la fois son outil de travail et son objet. Il arrive généralement après les batailles ou dans les batailles finissantes, le recul étant sa véritable plus-value par rapport aux acteurs et aux témoins. L’histoire du temps présent, tout en étant pleinement légitime, pose, sous ce rapport, des problèmes particuliers puisqu’il lui faut, en quelque sorte, faire vieillir artificiellement ses objets. »

 

Quel lien un livre d’Histoire tisse-t-il avec l’événement dont il traite ? Le livre au service de la vérité, une vision personnelle ?

 

« Cela dépend un peu des sujets. La plupart des historiens, me semble-t-il, sont conscients des limites de leur discipline. La prise de conscience épistémologique dans la profession a été assez tardive mais elle est désormais entrée dans les mœurs. Cela dit, le souci de la vérité reste constitutif de l’écriture de l’histoire. On fait de l’histoire pour y voir plus clair et, au minimum, poser correctement les problèmes. La part de subjectivité de l’historien est inéliminable. Elle est à la fois son problème (puisqu’il doit la critiquer et, éventuellement, penser contre lui-même) et un des moyens de sa recherche parce que son intuition, ses « archives intérieures » (comme disait Michel Lagrée), ses motivations sont des outils irremplaçables. »

 

Pourquoi ce thème ?

 

« Parce que le catholicisme en France a connu dans les années 1960-1970 une rupture considérable restée à ce jour mal expliquée, de sorte que les explications unilatérales, voire idéologiques, ont eu tendance à proliférer à son sujet. On dispose pourtant pour l’éclairer d’une documentation considérable : les « papiers Boulard » (du nom de Fernand Boulard, le grand spécialiste des questions sociologiques dans l’Eglise catholique après-guerre). Dans la mesure où, au début des années 1960 encore, 94 % de la génération en France était baptisé dans les trois mois après la naissance et un adulte sur quatre allait à la messe tous les dimanches, cela concerne pas mal de monde ! L’intelligence de notre histoire culturelle passe par là. »

 

Pourquoi aujourd’hui ?

 

« Il y a une part de hasard qui tient au rythme de mes travaux, à la disponibilité des archives, etc., mais pas seulement. J’insiste dans mon livre sur le tournant de 1965 en matière religieuse (plus encore que 68), un millésime qui est souvent revenu ces dernières années dans les travaux sur la période. Nous sommes à 50 ans de la rupture, délai classique en matière d’historicisation. Il y a une fenêtre de tir intellectuel intéressante : le sujet tombe dans l’escarcelle de l’historien sous les yeux des « jeunes » d’hier parmi les acteurs et témoins, qui ont aujourd’hui plus de 70 ans (d’où des possibilités d’échanges fructueuses). »

 

Pour quel public ?

 

« Pour tout public ! Qu’on soit croyant ou non, chacun peut convenir, je crois, du fait que l’histoire religieuse d’une société n’est jamais anodine et qu’elle y explique pas mal de choses. A tout le moins que s’y réfractent pas mal d’évolutions décisives de son histoire générale qui se donnent moins aisément à voir dans le domaine culturel, social, politique. Le fait même qu’un nombre croissant de personnes parmi nous ne se reconnaissent plus dans aucune religion est en soi un fait nouveau de portée considérable dans l’histoire des sociétés occidentales qui ne peut se comprendre qu’à la lumière de cette histoire antérieure. »

 

Dans la vie d’un auteur, quelle valeur accorde-t-on aux Prix Littéraires ?

 

« Nous ne sommes pas de bois. C’est un signe de reconnaissance et le moyen de toucher un public plus large que les seuls milieux académiques qui constituent notre lectorat ordinaire. »

 

 

 

 



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