Journée du Livre Politique 2015
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Prix du Livre Politique : Discours de François Bazin pour "Les Chirac"

 

 Peu avant l'annonce du gagnant du Prix du Livre Politique, samedi 7 février dernier, chacun des trois ouvrages finalistes était présenté par l'un des membres du jury. Ce fut François Bazin qui fit l'éloge de celui de Béatrice Gurrey, Les Chirac - les secrets du clan. Le livre reçut le prix quelques minutes plus tard.


Voici la retranscription de son discours.

 

"Quelle histoire, Chirac ! Un demi-siècle de vie politique, de présence dans la vie politique, au sommet de l’Etat, secrétaire d’Etat à l’emploi en 1967, Ministre de l’Agriculture en 1972, Premier Ministre en 1974, puis en 1986, Président jusqu’en 2007. L’homme pour la réélection duquel, les français sont descendus dans la rue, la plus grosse manifestation, celle du 1er mai 2002, avant celle du 11 janvier 2015. Tout cela prouve d’ailleurs que ces manifestations donnent parfois quelque chose d’éphémère : elles retombent, la politique reprend ses droits, les plaques se remettent en place. Mais Chirac a aussi été l’homme clé de cette période. « Les français n’aiment pas mon mari », disait Bernadette Chirac, après que celui-ci eut été copieusement étrillé par François Mitterrand en 1988. Chirac était considéré comme fort, parfois brutal, contesté quand il était en place. Aujourd’hui, il est si faible, et en même temps, si aimé, si célébré… Je pense qu’aujourd’hui, les français ne seraient pas d’accord avec Bernadette Chirac, ils aiment Chirac, alors qu’il n’est plus rien, et qu’il est entré presque vivant dans le panthéon de la République, avec son style, sa façon de faire, les souvenirs qu’il a laissés. Ces histoires-là, telles que les raconte Béatrice Gurrey, ont une charge romanesque et émotive à nulle autre pareille. Pour raconter ça, il faut d’abord une plume. Elle est là. Il faut du style, il est incontestablement là. Il faut le sens du récit, du détail, qui a une signification forte, du rythme, et là aussi on le trouve. Je crois aussi qu’il faut un regard qui soit bienveillant et juste, ce qui est très compliqué, lorsqu’on écrit un livre, surtout un livre politique. Parce que la période que raconte Béatrice Gurrey est la plus noire, et au fond, la plus triste. C’est celle de la fin. Le roi se meurt. Et puis à côté, c’est un peu « Vipère au poing ». Il y a dans ce livre quelque chose de crépusculaire ; c’est assez triste pour un homme qui avait de l’appétit, qui avait le sens de la conquête, qui était un séducteur. Et là, au moment où il n’y a plus rien à manger, plus rien à conquérir, il n’y a plus rien à séduire. Béatrice Gurrey raconte ce moment où les vieux monarques, faute de pouvoir célébrer tout seuls la cérémonie des adieux, sont obligés de laisser à d’autres, à la famille, aux proches, aux derniers conseillers, le soin de le faire à sa place. C’est ce qui donne au récit un côté romanesque très fort. Je veux dire par là que le livre de Béatrice Gurrey n’est pas seulement livre politique. Il met en scène des sentiments qui sont universels. C’est un livre sur la mémoire, celle qu’on perd, celle qu’on tente de retenir. C’est un livre sur le souvenir, celui qu’on va laisser derrière soi, celui qu’on laisse à d’autres le soin de forger. Mais c’est quand même, d’abord, et surtout, un très bon livre politique. Parce qu’au-delà de l’histoire de Chirac, ce sont des choses comme la monarchie républicaine, ses rites, ses grandeurs, ses misères aussi, qui sont racontés. C’est le lien entre la faiblesse et l’exercice du pouvoir, la maladie, et en même temps la résistance au temps. C’est un livre aussi sur l’isolement, la perte des derniers repères. Je suis persuadé que dans les années à venir, d’autres que Béatrice Gurrey écriront sur d’autres héros, sur d’autres Présidents, des livres du même genre. Je leur souhaite d’avance du courage, parce que pour égaler, et faire aussi bien, ils auront du mal."



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