Actualités
Inscrivez-vous à notre newsletter !
Please wait
 
Nous suivre sur :
Facebook Twitter Youtube Flickr
 
 
 

Un hommage très émouvant lors de la remise du prix Brienne du Livre Géopolitique

Exceptionnelllement, en l'absence de Boualem Sansal, le Prix nobel de physique Claude cohen-Tannoudji, lui a rendu un hommage très émouvant lors de la remise du prix Brienne du Livre Géopolitique

“ Monsieur Le Ministre,
Mesdames, Messieurs,
Je suis très heureux que le Prix Brienne du livre géo-politique ait distingué à Sansal Boualem et c’est pour moi un grand honneur de le représenter à cette cérémonie pour recevoir ce prix en son nom.
Je connais des membres de la famille Sansal depuis plus de quarante ans. En rangeant mes dossiers récemment, j’ai retrouvé une lettre d’un de mes étudiants qui suivait les cours de mécanique quantique que je donnais à cette époque dans un troisième cycle de physique à l’Ecole Normale Supérieure. Cet étudiant s’appelait Sansal Boualem et, dans sa lettre, datée de Février 1974, il me remerciait de lui avoir adressé un exemplaire du livre de mécanique quantique que je venais de publier avec deux collègues. A l’occasion de la remise du prix Brienne, j’ai repris contact récemment avec Sansal Boualem pour lui parler ce cette lettre et lui dire à quel point je serais heureux de le représenter à cette remise de prix s’il l’obtenait. J’avais lu bien sur sa biographie sur internet et vu que l’écrivain que nous célébrons aujourd’hui avait fait des études scientifiques au début de sa carrière. J’étais donc convaincu qu’il était l’étudiant que j’avais connu dans les années 70. Mais Sansal Boualem a répondu immédiatement à mon message pour me dire que l’étudiant dont je lui parlais n’était pas lui, mais un cousin germain, qui portait le même nom que lui, qui avait poursuivi des études scientifiques, qui était devenu professeur de physique et d’informatique à l’université d’Alger et dirigeait maintenant une entreprise de matériel électronique de pointe. Voici donc une belle famille algérienne dont sont issus un scientifique renommé et un grand écrivain que nous célébrons aujourd’hui.

Sansal Boualem est en effet un écrivain de grand talent dont j’admire beaucoup les romans, en particulier le Village de l’Allemand et Rue Darwin. C’est un témoin direct de la montée de l’islamisme dans son pays, décrivant comment l’Algérie, pays révolutionnaire et tiers-mondiste après l’indépendance, matérialiste et peu influencé par la religion, s’est laissé subrepticement envahir par un islamisme qui a conduit, à la fin des années 80, à la victoire électorale du Front Islamiste du Refus. La guerre civile qui s’en est suivie pendant près d’une douzaine d’années, avec son cortège de violences, de massacres, de répressions féroces explique la lutte totale qu’il poursuit contre le fondamentalisme, le fanatisme et l’intolérance.

Le dernier livre de Sansal Boualem que nous célébrons aujourd’hui, Gouverner au nom d’Allah, étend cette analyse de la progression de l’islamisme à l’échelle du monde entier, essayant de comprendre et d’expliquer les différents facteurs, politiques, sociaux, culturels, à l’origine de cette progression. L’auteur a un souci constant d’aider le lecteur à pénétrer dans l’univers complexe du monde arabo-musulman, décrivant les divers courants de l’islam, le sunnisme, le chiisme, le soufisme, les diverses écoles de pensée et mouvements auxquels ils ont donné naissance. Cet ouvrage me semble donc constituer un guide précieux pour quiconque essaie de mieux comprendre l’évolution du monde dans lequel nous vivons et les dangers qui le menacent.

Il y a enfin un dernier aspect de la personnalité de Sansal Boualem que je voudrais mentionner car il me touche beaucoup, son ouverture d’esprit et son refus total des tabous. Il y a deux ans, en mai 2012, Sansal Boualem a été invité au Festival international des écrivains à Jérusalem. Il n’a pas hésité à s’y rendre, alors qu’une telle visite en Israël d’un écrivain venant d’un pays arabe était considérée par ces pays comme une visite au diable et fermement condamnée. Il a rencontré à Jérusalem un accueil extraordinairement chaleureux, attirant une foule considérable à chacune de ses conférences et réunions informelles. Il a établi des contacts étroits avec de nombreux écrivains israéliens, comme David Grossman, contacts qui se sont poursuivis après son retour d’Israël. Ainsi, en octobre 2012, Sansal Boualem et David Grossman se sont retrouvés à Stasbourg pour poser les bases d’un Rassemblement mondial des écrivains pour la paix. Peut-on imaginer plus bel exemple de message d’espoir et de paix dans le monde de violence que nous connaissons aujourd’hui ? »



Retour Retour