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Prix spécial du jury- Prix Brienne du Livre Géopolitique 2015

Félicitations à Andrei Gratchev, Prix spécial du jury du Prix Brienne du Livre Géopolitique 2015. 

Le ministre Jean-Yves Le Drian a remis le mardi 29 septembre son prix à Andrei Gratchev pour son ouvrage Le passé de la Russie est imprévisible - Journal de bord d'un enfant du dégel paru en octobre 2014 chez Alma. 

 

Nous ne résistons pas au plaisir de vous communiquer le discours d'Andrei Gratchev à l'attention du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian: 

 

Monsieur le Ministre,

Mesdames, messieurs membres du Jury,

Mesdames, Messieurs ;

Vous pouvez comprendre mon émotion à l’annonce  de la décision du jury de décerner le Prix Brienne pour cette année à mon livre. Je suis très sensible au fait que la cérémonie de la remise de ce Prix ait lieu à l’endroit emblématique pour l’histoire française et européenne - l’Hôtel de Brienne où l’on peut croiser les ombres des géants politiques du siècle dernier comme Georges Clemenceau et le général de Gaulle.

Je crois que par cette décision vous avez créé un précédent inédit en acceptant sous les dorures de l’Empire et de la République un ancien apparatchik soviétique, certes non-dangereux car non seulement contrôlé à l’entrée par le service de sécurité du Ministère de la Défense, mais aussi repenti et débarrassé des contraintes de l’idéologie messianique de son ex-Patrie.

Je dois commencer mon court discours en remerciant mes éditeurs d’Alma ici présents qui ont fait preuve d’un flair professionnel extraordinaire en me proposant le projet de ce livre et m’ayant patiemment accompagné pendant toute la période de ma grossesse littéraire.

Je veux aussi remercier l’infatigable Luce Perrot qui m’a parrainé- ou plutôt marrainé- gentiment depuis le moment où nous nous sommes rencontrés dans les couloirs du Kremlin à l’époque où je faisais partie des conseillers de Gorbatchev, l’assistant dans son entreprise risquée et délicate de l’euthanasie du régime bolchevique à bout de souffle.

Et bien évidemment j’ai une pensée pour Gorbatchev lui-même  qui m’a accordé des longues heures de conversations partageant avec moi ses réflexions et ses espoirs de l’époque dont, ceux de voir un jour une Europe unifiée après la chute du Mur au sein d’une Maison Commune intégrant obligatoirement la Russie démocratique.

Je l’ai revu il y a quelque jours à Moscou et je peux vous dire qu’ayant appris de moi la nouvelle du Prix Brienne décerné à ce livre, il m’a demandé de vous transmettre, Mr le Ministre, mesdames et messieurs les membres du Jury, et à tous vos invités ses salutations très sincères et cordiales.

Mesdames, messieurs,

De l’histoire nous savons tous que la construction des Empires prend du temps et passe dans la plupart des cas par la violence. Mais nous oublions que c’est également vrai pour leurs chutes et décompositions. Or, à l’époque de Gorbatchev nous avions l’espoir de pouvoir échapper à cette règle. En effet l’effondrement de l’Empire rouge – Union Soviétique – s’est produit d’une façon miraculeusement tranquille, je dirais civilisée, épargnant à ses peuples les drames des guerres civiles et des conflits armés.

Or, vingt cinq ans  plus tard avec les guerres, d’abord en Géorgie et maintenant en Ukraine, nous avons le sentiment d’assister en quelque sorte à la deuxième mort de cet Empire comme si son histoire violente et tragique nous rattrapait, produisant des secousses planétaires.

Mais cela ne concerne pas que les peuples de l’ex-URSS. En regardant notre monde en face nous pouvons avoir le sentiment que l’histoire tourne en rond. Finis l’illusion de la Fin de l’histoire et le triomphe de l’idée d’un marché universel et de la démocratie libérale. Tout comme l’espoir de voir s’installer, de notre vivant, un Nouvel Ordre international harmonieux et rationnel régi par le droit international, surveillé par l’ONU et basé sur les principes de la justice et de la solidarité.

Le monde actuel passe par une zone de turbulences et nous tous, par instinct, attachons nos ceintures de sécurité.

Mr le Ministre,

Au moment de votre désignation à ce poste, si important vous aviez peut être l’espoir d’être un Ministre de la Défense « normal », chargé d’assurer la sécurité de votre pays dans un contexte stratégique serein, libéré des tensions de la Guerre Froide sans adversaires importants à l’horizon. Or, on voit que  vous êtes obligé de vous déplacer entre plusieurs fronts sur les différents continents pour neutraliser les dangers nouveaux, dont certains apparaissant à des milliers de kilomètres du territoire national, alors que les autres surgissent à l’intérieur de votre propre pays. 

Une partie de l’explication, à mon avis, provient du fait qu’on n’a pas su utiliser pleinement la chance historique offerte par la fin de la confrontation idéologique et stratégique entre Est et Ouest. Résultat, ayant raté une possibilité de sortir de la Guerre Froide comme alliés, l’Europe et la Russie risquent d’écrire l’histoire du 21eme siècle comme adversaires.

Or, pendant que nous restons plongés dans le remake de la Guerre Froide et le règlement de comptes du siècle passé, notre grand paquebot-monde se dirige à toute vitesse contre un iceberg d’une probable catastrophe planétaire.

Mesdames Messieurs les membres du Jury,

Je peux avouer ici que le titre initial de mon livre  (et celui avec lequel il vient d’être publié en Russie) était « Le naufrage du Titanic soviétique. Journal de bord ». Je l’ai écrit comme une lettre destinée à être mise dans une bouteille et lancée à la mer du pont d’un bateau qui coulait. Merci de l’avoir repêchée.

 



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